C'est le passé et le présent qui se mélangent pour former la passionnante histoire culturelle de notre antique cité, tournée irrémédiablement vers l'avenir…
Ces "billets", pour amoureux d'Anduze, n'en sont que quelques modestes reflets.

23 février 2018

Les secrets de l’« Espingouin » enfin révélés…

Après avoir publié en 2012 la savoureuse nouvelle « Qu’est l’Espingouin devenu ? » (voir billet culturel 1 de mars 2013), Michel Caron récidive sur le même sujet en ce début d’année avec la sortie d’un ouvrage plus important qui nous apporte enfin des réponses aux nombreuses questions concernant notre fameux « espingouin » (mot d’argot ancien désignant un Espagnol).

En écrivant « Mémoires d’avant l’exil » l’auteur ne nous propose pas une suite directe de sa nouvelle mais les clés qui nous permettent de comprendre les tenants et aboutissants du parcours atypique de son héros qui, installé depuis quelques temps à Anduze, disparut du jour au lendemain sans laisser de trace… Avec ce livre nous découvrons que celui-ci s’est décidé finalement à écrire ses mémoires, divisés en cahiers dont chacun évoque un lieu de son itinéraire chaotique lié aux événements de la guerre d’Espagne. Une période sombre pour ce pays et dont Michel possède une solide connaissance ; un atout essentiel lui permettant de traduire parfaitement bien dans ce récit l’atmosphère particulière des années trente, de Paris à Barcelone mais aussi dans le sinistre camps de concentration de Rivesaltes. Ceci à travers le regard d’un adolescent devenu jeune homme et évoluant dans une époque annonciatrice de la deuxième guerre mondiale…

Ce texte ne devrait pas laisser indifférent la communauté d’origine espagnole de nos Cévennes et aussi les autres. Que ceux qui n’auraient pas lu la nouvelle se rassurent : l’habilité de l’écrivain est d’offrir une œuvre littéraire qui se suffit à elle-même pour la compréhension de l’histoire dans l’Histoire…
Déjà dans mon premier billet j’avais évoqué une éventuelle adaptation pour le cinéma (ou la télévision ?) : aujourd’hui je persiste et signe !…

« Mémoires d’avant l’Exil » de Michel Caron, chez Complices éditions, www.complices-editions.fr

10 février 2018

Anduze, avril 1792 : l’affaire de l’incendie du château de Veirac… (3)

Nous terminons, avec ce troisième volet, l’état des lieux chaotique dressé par le juge de paix et commençons à découvrir les procès-verbaux des nombreux témoins dont le point commun restera le fait qu’ils ont tout vu des exactions des « attroupés », mais n'ont reconnu… personne ! Nous sommes bien en Cévennes… 

« De la nous sommes montés au premier étage de la ditte aile de batiment et a la chambre qui est au-dessus de la ditte cuisine, la ditte chambre éclairée par deux fenetres situées au midy et une fenetre du coté du Nord, le plancher supérieur de la ditte chambre a été brulé presque en entier, les petits bois & contre vent des dittes fenetres enlevés ainsy que nous l’avons vu & que les gens de l’art l’ont remarqué. De la nous sommes entrés dans un cabinet qui est a coté de la ditte chambre & qui est éclairé par une fenetre située au midy nous avons vu & les gens de l’art ont reconnu que la porte du dit cabinet ainsy que les contre vent & petites bois de la ditte fenetre avoient été enlevés. De la nous sommes montés au second étage de la ditte aile de batiment et a la chambre qui se trouve sous les toits, laquelle est éclairée par deux fenetres situées au midy & par une autre fenetre située au Nord, nous avons vu & les gens de l’art ont reconnu que la porte d’entrée de la ditte chambre a été enlevée ainsy que les contre vent des dittes trois fenetres, le couvert & boisage étant en bon état, sauf les tuiles qui sont brisées en partie. De la nous sommes dessendus & étant sortis de la ditte maison nous sommes entrés dans un petit batiment servant de loge a cochon adossé et tenant à la ditte maison du coté du levant. Nous avons vu et les gens de l’art ont reconnu que la porte du dit batiment a été enlevé et le dit batiment brulé, ny ayant que les quatre murs. De la nous avons été a un batiment adossé a la ditte maison du coté du couchant, le dit batiment servant de magnanerie et de grenier a foin éclairé par trois fenetres & situées au midy. Par une fenetre située au couchant et par deux autres fenetres et une troisième plus petite situées au Nord nous avons vu & les gens de l’art ont remarqué que les contre vent des dittes fenetres avoient été enlevés et une partie des tuiles du couvert de la ditte magnanerie brisée. Et attendu la présence du dit sieur Claude Villaret & Marie Bastide sa femme les avons sommés après qu’ils ont eu prêté le serment en tel cas requis de nous déclarer s’ils connaissoient les auteurs du délit cy dessus. Le dit Claude Villaret meunier demeurant en qualité de fermier a la maison de campagne de Veirac, appartenant au sieur hostalier, agé de soixante quatre ans, nous a dit n’être parent, allié, serviteur ny domestique du dit procureur de la commune et être seulement le fermier du dit sieur hostalier & nous a déclaré n’avoir reconnu personne a cause du prodigieux nombre des attroupés et avoir vu les dits attroupés jeter au feu toutes les portes et contre vent qu’ils arrachoient des fenetres. Qu’il parvint cependant a sauver quatre ou cinq contre vent et a signé sa déclaration. »
« Marie Bastide épouse du dit Claude Villaret & demeurant avec son dit mary, âgée de cinquante sept ans, déclare n’avoir reconnu personne a cause du grand nombre des attroupés, et avoir vu les dits attroupés arracher les portes & les contre vent des fenetres de la ditte maison et les jeter au feu ainsy que le bois et les sarmans qu’ils avoient ramassés et entassés au devant de la ditte maison pour leur usage. Requise de signer sa déclaration a dit etre illettrée et nous avons de ce que dessus dressé le présent proces verbal, lequel les dits notables & gens de l’art ont signé avec nous et notre secrétaire greffier. »

« Procès verbal de déclaration de témoins
« L’an mil sept cens quatre vingt douze & le mercredi onzième avril, par-devant nous juge de paix & officier de police de la ville d’anduze
« sont comparus sieur David Puget, Paul Fraissinet et Barthelemy Lapierre, témoins amenés par le procureur de la commune de la ville d’anduze a l’effet de déclarer les faits & circonstances qui sont a leur connoissance au sujet du délit dont est question en la dénonce faite par le sieur procureur de la commune de la quelle nous avons donné connoissance aux dits témoins sus nommés. Les quels après avoir prêté le serment en tel cas requis ont fait leur déclaration ainsy qu’il suit. »
« Sieur David Puget tailleur d’habits citoyen de cette ville agé de trente huit ans a dit n’être parent, allié, serviteur ny domestique du dit procureur de la commune ny du sieur hostallier, et déclare qu’il sait que la maison de campagne du sieur hostallier, situé au lieu de Veirac, a été dévastée & brulée, qu’il a vu même les flammes du feu sortir de la dite maison mais qu’il na point vu ny ne connoit point les auteurs du dit délit. Lequel fut commis le jeudi cinq du courant vers les cinq heures du soir et plus na dit savoir & a signé la présente déclaration. PUGET »
« Sieur Paul Fraissinet fils cordonnier citoyen de cette ville agé de vingt trois ans a dit n’etre parent, allié, serviteur ny domestique du sieur procureur de la commune ny du sieur hostallier et déclare que jeudy dernier cinquième du courant sur les cinq heures du soir, étant à Veirac il aida le sieur Villaret, fermier du sieur hostallier, a sortir les meubles que le dit Villaret avoit dans la maison de campagne du sieur hostallier située a Veirac. Il dit que la ditte maison étoit incendiée mais il ne vit & ne reconnut point les auteurs du dit délit & plus na dit savoir & a signé la dite déclaration. FRAISSINET FILS »
« Sieur Barthelemy Lapierre fils, perruquier citoyen de cette ville agé de dix neuf ans a dit n’être parent, allié, serviteur ny domestique du dit sieur procureur de la commune ny du sieur hostallier et déclare que le jeudi cinq du courant sur les cinq heures du soir, se trouvant au lieu de Veirac il aida le sieur Villaret, fermier du domaine du sieur hostallier situé au dit lieu de Veirac, a sortir les meubles que le dit Villaret avoit dans la maison. La quelle le déposant vit toute en feu et incendiée, mais il ne connut point & ne vit point les auteurs du délit et plus na dit savoir et a signé la ditte déclaration. LAPIERRE FILS »


A suivre