C'est le passé et le présent qui se mélangent pour former la passionnante histoire culturelle de notre antique cité, tournée irrémédiablement vers l'avenir…
Ces "billets", pour amoureux d'Anduze, n'en sont que quelques modestes reflets.

10 février 2018

Anduze, avril 1792 : l’affaire de l’incendie du château de Veirac… (3)

Nous terminons, avec ce troisième volet, l’état des lieux chaotique dressé par le juge de paix et commençons à découvrir les procès-verbaux des nombreux témoins dont le point commun restera le fait qu’ils ont tout vu des exactions des « attroupés », mais n'ont reconnu… personne ! Nous sommes bien en Cévennes… 

« De la nous sommes montés au premier étage de la ditte aile de batiment et a la chambre qui est au-dessus de la ditte cuisine, la ditte chambre éclairée par deux fenetres situées au midy et une fenetre du coté du Nord, le plancher supérieur de la ditte chambre a été brulé presque en entier, les petits bois & contre vent des dittes fenetres enlevés ainsy que nous l’avons vu & que les gens de l’art l’ont remarqué. De la nous sommes entrés dans un cabinet qui est a coté de la ditte chambre & qui est éclairé par une fenetre située au midy nous avons vu & les gens de l’art ont reconnu que la porte du dit cabinet ainsy que les contre vent & petites bois de la ditte fenetre avoient été enlevés. De la nous sommes montés au second étage de la ditte aile de batiment et a la chambre qui se trouve sous les toits, laquelle est éclairée par deux fenetres situées au midy & par une autre fenetre située au Nord, nous avons vu & les gens de l’art ont reconnu que la porte d’entrée de la ditte chambre a été enlevée ainsy que les contre vent des dittes trois fenetres, le couvert & boisage étant en bon état, sauf les tuiles qui sont brisées en partie. De la nous sommes dessendus & étant sortis de la ditte maison nous sommes entrés dans un petit batiment servant de loge a cochon adossé et tenant à la ditte maison du coté du levant. Nous avons vu et les gens de l’art ont reconnu que la porte du dit batiment a été enlevé et le dit batiment brulé, ny ayant que les quatre murs. De la nous avons été a un batiment adossé a la ditte maison du coté du couchant, le dit batiment servant de magnanerie et de grenier a foin éclairé par trois fenetres & situées au midy. Par une fenetre située au couchant et par deux autres fenetres et une troisième plus petite situées au Nord nous avons vu & les gens de l’art ont remarqué que les contre vent des dittes fenetres avoient été enlevés et une partie des tuiles du couvert de la ditte magnanerie brisée. Et attendu la présence du dit sieur Claude Villaret & Marie Bastide sa femme les avons sommés après qu’ils ont eu prêté le serment en tel cas requis de nous déclarer s’ils connaissoient les auteurs du délit cy dessus. Le dit Claude Villaret meunier demeurant en qualité de fermier a la maison de campagne de Veirac, appartenant au sieur hostalier, agé de soixante quatre ans, nous a dit n’être parent, allié, serviteur ny domestique du dit procureur de la commune et être seulement le fermier du dit sieur hostalier & nous a déclaré n’avoir reconnu personne a cause du prodigieux nombre des attroupés et avoir vu les dits attroupés jeter au feu toutes les portes et contre vent qu’ils arrachoient des fenetres. Qu’il parvint cependant a sauver quatre ou cinq contre vent et a signé sa déclaration. »
« Marie Bastide épouse du dit Claude Villaret & demeurant avec son dit mary, âgée de cinquante sept ans, déclare n’avoir reconnu personne a cause du grand nombre des attroupés, et avoir vu les dits attroupés arracher les portes & les contre vent des fenetres de la ditte maison et les jeter au feu ainsy que le bois et les sarmans qu’ils avoient ramassés et entassés au devant de la ditte maison pour leur usage. Requise de signer sa déclaration a dit etre illettrée et nous avons de ce que dessus dressé le présent proces verbal, lequel les dits notables & gens de l’art ont signé avec nous et notre secrétaire greffier. »

« Procès verbal de déclaration de témoins
« L’an mil sept cens quatre vingt douze & le mercredi onzième avril, par-devant nous juge de paix & officier de police de la ville d’anduze
« sont comparus sieur David Puget, Paul Fraissinet et Barthelemy Lapierre, témoins amenés par le procureur de la commune de la ville d’anduze a l’effet de déclarer les faits & circonstances qui sont a leur connoissance au sujet du délit dont est question en la dénonce faite par le sieur procureur de la commune de la quelle nous avons donné connoissance aux dits témoins sus nommés. Les quels après avoir prêté le serment en tel cas requis ont fait leur déclaration ainsy qu’il suit. »
« Sieur David Puget tailleur d’habits citoyen de cette ville agé de trente huit ans a dit n’être parent, allié, serviteur ny domestique du dit procureur de la commune ny du sieur hostallier, et déclare qu’il sait que la maison de campagne du sieur hostallier, situé au lieu de Veirac, a été dévastée & brulée, qu’il a vu même les flammes du feu sortir de la dite maison mais qu’il na point vu ny ne connoit point les auteurs du dit délit. Lequel fut commis le jeudi cinq du courant vers les cinq heures du soir et plus na dit savoir & a signé la présente déclaration. PUGET »
« Sieur Paul Fraissinet fils cordonnier citoyen de cette ville agé de vingt trois ans a dit n’etre parent, allié, serviteur ny domestique du sieur procureur de la commune ny du sieur hostallier et déclare que jeudy dernier cinquième du courant sur les cinq heures du soir, étant à Veirac il aida le sieur Villaret, fermier du sieur hostallier, a sortir les meubles que le dit Villaret avoit dans la maison de campagne du sieur hostallier située a Veirac. Il dit que la ditte maison étoit incendiée mais il ne vit & ne reconnut point les auteurs du dit délit & plus na dit savoir & a signé la dite déclaration. FRAISSINET FILS »
« Sieur Barthelemy Lapierre fils, perruquier citoyen de cette ville agé de dix neuf ans a dit n’être parent, allié, serviteur ny domestique du dit sieur procureur de la commune ny du sieur hostallier et déclare que le jeudi cinq du courant sur les cinq heures du soir, se trouvant au lieu de Veirac il aida le sieur Villaret, fermier du domaine du sieur hostallier situé au dit lieu de Veirac, a sortir les meubles que le dit Villaret avoit dans la maison. La quelle le déposant vit toute en feu et incendiée, mais il ne connut point & ne vit point les auteurs du délit et plus na dit savoir et a signé la ditte déclaration. LAPIERRE FILS »


A suivre

27 janvier 2018

Anduze, avril 1792 : l’affaire de l’incendie du château de Veirac… (2)

Avant d’aborder la suite du précédent billet, je voudrais apporter une rectification à celui-ci quant au texte que j’avais attribué à Yves Chassin du Guerny dans le fascicule à son nom concernant le château de Tornac. En effet, je viens de retrouver en parcourant le rarissime livre de Francis Bernard « Terre de Tornac », édité en 1947 à cent exemplaires numérotés, le même texte au mot près sur les incendies de châteaux en avril 1792… L’oubli de mentionner l’auteur du texte dans le fascicule et mon manque de vigilance ont conduit à cette erreur, aussi « rendons à César ce qui est à César »…

Cette deuxième partie nous permet de commencer à visiter l’endroit sinistré en compagnie du juge de paix et de divers témoins pour un procès-verbal d’état des lieux. Un château souvent qualifié dans le texte de « maison de campagne », ce qui corrobore bien l’idée qu’il s’agissait certainement d’un grand mas et ses dépendances. Une maison de maître que la qualité de ses propriétaires, dépendant de l’aristocratie et de la féodalité, a fait rebaptiser « château » par les simples citoyens de l’époque…

Les écrits ont été recopiés tels quels (fautes comprises) pour garder l’esprit du document. Par contre, la ponctuation étant totalement absente, je me suis permis d’en ajouter quelques-unes ici ou là pour rendre la lecture un peu plus digeste !
 
« L’an mil sept cens quatre vingt douze et le mercredi onzième avril a trois heures après midy, nous Louis Fontane juge de paix & officier de police de la ville d’anduze, en conséquence de notre ordonnance apposée au bas de la dénonce a nous faite cejourd’hui par le procureur de la commune de la ville d’anduze. Etant accompagné des sieurs Jean Regoure & Charles Silhol, tous deux notables de la ditte ville d’anduze, dont nous avons requis l’assistance a l’effet d’être en leur présence procédé aux opérations cy après dont nous leur avons fait connoitre l’objet, et de sieur Louis Ferrier maçon architecte et sieur Joseph Massot serrurier, citoyens de la ville d’anduze aussi requis de se trouver à la maison de campagne située au lieu de Veirac, appartenant au sieur hostalier citoyen de la ville de Montpellier, pour y visiter les dégats dévastations et incendies commises à la ditte maison de campagne & batiments y attenant dont il est fait mention en la dénonce du dit sieur procureur de la commune, les quels dits sieurs Ferrier & Massot ont preté en nos mains le serment de procéder en leur ame & conscience et de déclarer vérité. Nous nous sommes transportés a la ditte maison de campagne située comme est dit cy dessus au lieu de Veirac, ou étant nous avons trouvé le sieur Claude Villaret fermier du dit sieur hostalier, lequel sur notre réquisition nous a conduit à la ditte maison de campagne, et étant arrivés a la porte d’entrée nous avons requis les dits Ferrier & Massot d’en faire la visite avec nous a l’instant, a quoy procedant nous avons vu & les sieurs gens de l’art ont remarqué que le batant de la porte a droite en entrant dans la ditte maison a été brulé y en ayant encore une partie qui, quoique réduit en charbon, tient encore au gond supérieur ; et le batant a la gauche de la ditte porte d’entrée est hors de ses gonds et tient par une longue pièce de bois qu’on a placé dans la maison. La partie supérieure du dit batant est en bon état et la partie inferrieure a été brisée a coup de hache. Etant entrés dans la ditte maison nous avons vu l’aile droite en entran composée de trois pièces, l’une au rez de chaussée, l’autre au premier & la troisième au second. Celle du rez de chaussée éclairée par trois fenetres, deux du coté du midy & l’autre du coté du nord. Celle du premier éclairée par un même nombre de fenetre, deux du coté du midy & une du coté du levant, et celle du second égallement éclairée par deux fenêtres, l’une au levant & l’autre au midy, laquelle aile de batiment nous avons vu & les gens de l’art ont remarqué avoir été entièrement brulée jusque au couvert inclusivement, ainsy que toutes les portes contre vent & petit bois des dittes trois pièces a l’exception d’une petite partie du plancher formant la partie haute de la chambre du premier étage. Celle du rez de chaussée étant couverte d’un tas de ruine tuiles brisées et bois brulés ou a demi brulés, ny ayant dans cette partie que les quatre murs et vis a vis. La porte d’entrée de la ditte maison est un cavot s’enfonsan sous l’escalier, nous avons vu et les gens de l’art ont remarqué que la porte du dit cavot avoit été arraché ainsy que quelques étages en bois qui étoient dans le dit cavot. De la nous sommes entrés dans une pièce servant de cuisine au fermier située au rez de chaussée et sur la gauche en entrant. Dans la ditte maison nous avons vu & les gens de l’art ont reconnu que la porte a deux batants de la ditte cuisine avoit été arrachée & l’arboutant de fer qui tenoit un des dits batants coupé, que la cheminée en platre de la ditte cuisine a été abatue ainsy que le fourneau a recheau, que les portes des deux armoires qui sont dans la ditte cuisine ont été arrachées ainsy que les contre vents des deux fenetres situées au midy et éclairant la ditte cuisine… »

A suivre

13 janvier 2018

Anduze, avril 1792 : l’affaire de l’incendie du château de Veirac… (1)

Toujours dans la suite des documents retrouvés par hasard au dernier étage de la mairie et non répertoriés dans nos archives municipales (ce que je vais entreprendre au plus tôt !), je suis tombé sur une liasse de feuillets manuscrits d’époque révolutionnaire relatant l’enquête concernant l’incendie criminel du dit « château de Veirac » au mois d’avril 1792…

Un témoignage local exceptionnel en relation avec l’événement historique plus large des nombreux incendies de châteaux dans le Gard et ailleurs. Voici ce que disait à propos de cet épisode le grand archiviste de notre département, Yves Chassin du Guerny, dans son fascicule consacré au château de Tornac, qui fut lui-même embrasé le 4 avril :
« (…) En ce même printemps, quantité de châteaux furent brûlés dans le département sous l’impulsion de la colère provoquée dans les esprits exaltés par l’accident de Villeneuve-les-Avignon (25 mars 1792) où soixante-neuf volontaires furent noyés. On crut à un complot fomenté par les aristocrates et on se vengea en incendiant leurs châteaux. » (…) Il est vrai aussi que les auteurs de ces excès étaient généralement des « patriotes », des amis de la Constitution, « de bons cultivateurs d’une moralité saine dans la conduite ordinaire de la vie ». Sans doute il se glissa dans leurs rangs de mauvais sujets poussés par l’amour du pillage. (…) »

Je vais donc vous proposer en plusieurs billets ce rapport original. Aujourd’hui, dans ce premier document, nous faisons la connaissance de Charles Louis Albaret, procureur d’Anduze et de Louis Fontane, juge de paix et officier de police d’Anduze ; ainsi que de son greffier, un certain Coulomb, peut-être de la même famille que le juge de paix que nous connaissons bien et qui officia à l’époque napoléonienne (voir billets précédents). Je vous parlerai aussi plus tard du sieur Hostallier, propriétaire des lieux sinistrés et bien sûr lié au nom de Veirac dont les différentes orthographes ont créé un imbroglio, source de confusion chez certains historiens contemporains :

« A monsieur le juge de paix officier de police de la ville d’anduse »

« Charles Louis Albaret procureur de la commune de la ville d’anduse vous remontre que jeudi dernier, cinquième du présent mois d’avril, l’on apprit au point du jour que des troupes armées portoient l’incendie & la dévastation dans tous les châteaux & maisons qu’on disoit appartenir aux ennemis de la Constitution ; cette funeste erreur, ce terrible aveuglement s’est propagé jusque sur notre territoire, la maison de campagne du sieur hostalier citoyen de montpeiller située dans le quartier de vairac a été dévastée & incendiée, pourquoi le dit procureur de la commune déclare qu’il vous dénonce le fait ci-dessus enoncé, dont-il offre d’affirmer la vérité, & qui sera attestée par les témoins amenés avec lui, & vous requiert d’agir conformément à la loi. » Signé Albaret et Fontane.

« La présente dénonce signée du sieur Albaret procureur de la commune de cette ville d’anduze nous a été présentée cejourd’huy mercredi onzième avril a une heure de retenue par le dit procureur de la commune le quel a affirmé que le fait étoit tel qu’il avoit exposé dans la dite dénonce de laquelle lui avons donné acte et attendu la présence des témoins amenés par le dit procureur de la commune nous avons reçu la déclaration des dit témoins sur les faits contenus en sa ditte dénonce des quelles déclarations ils été tenu notte par notre greffier pour servir & valoir ce qu’il appartiendra »
« Au surplus disons que sur le champ nous nous transporterons sur les lieux du délit pour en présence de deux notables être fait visite par un mâcon & un serrurier de l’état des dits lieux et prendre tous les éclaircissements relatif au délit dont est question dans la présente dénonce à anduze dans notre maison & cabinet le mercredi onzième avril mil sept cent quatre vingt douze. » Signé Fontane, juge de paix et officier de police.
 
A suivre…