C'est le passé et le présent qui se mélangent pour former la passionnante histoire culturelle de notre antique cité, tournée irrémédiablement vers l'avenir…
Ces "billets", pour amoureux d'Anduze, n'en sont que quelques modestes reflets.

29 septembre 2017

Nouvelles de Paris : ballade en métro avec Louise…

Ayant habité un certain temps au cœur de Paris, je n’ai jamais caché mon attachement pour la capitale, au moins aussi fort que pour notre Porte des Cévennes. Aucune nostalgie dans mon propos mais un petit préambule pour expliquer mon intérêt pour l’une des dernières créations littéraires parues de notre comédienne et écrivaine anduzienne Louise Caron, décidément très dynamique en écriture ces derniers temps. Il s’agit de « Des vies entre les lignes », un petit livre au format de poche bien pratique, d’environ cent vingt pages et réunissant une douzaine de nouvelles.
 
Douze histoires courtes que l’on déguste comme une friandise le jour de la fête de la Musique, mais cette date n’est pas une obligation !… Elles ont toutes un dénominateur commun : le moyen de transport le plus emblématique de la ville lumière, son métro. Nous faisons les connaissances, entre autres, de Robert, Kenny, Lucas et autre Olga. Le profil le plus étonnant pour moi reste celui d’Etienne, un violoniste aveugle jouant à la station République. J’ai trouvé l’idée et l’écriture de ce texte excellentes, avec un grand potentiel de développement de la trame de l’histoire et des personnages (Maurice). Cette nouvelle m’a laissé sur ma faim : que j’aimerais qu’elle soit transformée en roman !…
 
Douze histoires différentes mais toujours prétextes à l’auteure de nous décrire avec la précision d’une experte un environnement atypique où se croisent plusieurs millions d’individus par jour. Un territoire à part où se concentrent toutes les nationalités, toutes les religions, des riches et des pauvres, des bons et des méchants, des propres et des sales… Le mélange et la promiscuité de cette diversité dégageant « l’odeur du métro » ; une empreinte olfactive qui traverse couloirs et stations, surtout aux heures de pointe. Bref, un « parfum d’Humanité » dont je suis resté longtemps addictif, même si je reconnais que certains jours il valait mieux ne pas savoir sa provenance ni sa composition !
 
Merci infiniment, Louise, de m’avoir permis de replonger un moment dans cette atmosphère particulière du Paname souterrain et de raviver ainsi beaucoup de souvenirs personnels. Tout cela avec délectation, grâce à votre talent…
 

« Des vies entre les lignes » de Louise Caron, chez l’auteure : louise.caron@ymail.com

15 septembre 2017

Interpellation rue Bouquerie, Anduze…

En ce mois de septembre 1842 c’est un nommé Antoine Broussou qui dirige la police d’Anduze et son canton. Nous faisons connaissance avec lui à travers le rapport qu’il a établi à propos d’une sombre affaire de maltraitance conjugale. Si pour la première fois en 1791 une déclaration des droits de la femme et de la citoyenne a été publiée, « La femme naît libre et demeure égale à l’homme en droits », cela n’a pas porté chance à son auteure Olympe de Gouges, qui fut guillotinée deux ans plus tard !
Dans la première moitié de ce dix neuvième siècle nous sommes donc encore très loin de l’émancipation des femmes et beaucoup d’entre-elles, la peur viscérale de se retrouver seules et sans ressources à l’époque d’une misère omniprésente, étaient prêtes à accepter toutes les violences et humiliations des hommes sans broncher. D’autant plus quand leur sort était lié à celui de leurs enfants.

L’action de ce témoignage se situe rue Bouquerie (des bouchers exerçaient ici jadis), dans le centre d’Anduze. Cette longue ruelle étroite est bordée d’immeubles dont une majorité date des quinzième et dix septième siècles. Reliant la place Couverte à la rue Enclos Blaise c’est l’une des plus anciennes rues de la cité. Plutôt calme aujourd’hui, au moment des faits elle devait être grouillante de vie, à l’image d’un quartier très populaire…

« L’an mil huit cent quarante deux et le seize septembre, à huit heures du soir, nous Antoine Broussou commissaire de police de la ville et canton d’Anduze. Etant rentré dans notre domicile nous avons entendu qu’on faisait du tapage dans la rue de la Bouquerie, nous y sommes transporté, avons trouvé une grande réunion de personnes parmi lesquelles s’est trouvé le sieur Dupuis garde champêtre communal qui était occupé à contenir le nommé Sardinoux (pierre) marchand de fromage habitant et domicilié au dit Anduze, lequel s’était livré à donner des coups très forts à son épouse, sans motif légitime. Ce qui arrive assez fréquemment de la part du dit Sardinoux, d’après la déclaration qui nous a été faîte par plusieurs personnes respectables du quartier. L’ayant interpellé de nous dire les motifs qui l’ont porté à frapper sa femme si rudement, il nous a répondu qu’il l’avait frappée et qu’il la frapperait bien davantage. Voyant les mauvaises réponses que le dit Sardinoux fit à nos questions, avons de suite requis deux hommes pour aider à le conduire en prison. Mais sa femme et ses enfants s’étant présentés à nous pleurant à chaudes larmes, nous priant de relâcher leur père qui, s’il était mis en prison lorsqu’il en sortirait les tuerait tous. Sur la demande de ces derniers avons relâché le dit Sardinoux, nous réservant toutefois de dresser procès-verbal contre lui, pour avoir occasionné beaucoup de bruit et du tumulte troublant l’ordre et la tranquillité publique, et pour avoir de plus injurié le sieur Dupuis garde champêtre, agissant dans l’exercice de ses fonctions (…). »

2 septembre 2017

Le coq boiteux de Tornac…

Exceptionnellement pour ce document du 28 janvier 1806 et établi par notre juge de paix habituel Jean Coulomb aîné, j’ai dû rajouter au texte que j’ai recopié quelques ponctuations, histoire de reprendre son souffle de temps en temps au cours de sa lecture ! C’est vrai que, s’agissant encore une fois d’une plainte, le greffier chargé de recueillir la déposition n’était pas là pour construire une œuvre littéraire !
Comme toujours dans ces petits témoignages, devenus souvent croquignolesques avec le recul du temps, nous en apprenons beaucoup sur la vie et les mœurs locales de l’époque. Par exemple le mot « garnisseur » qui, sans autre précision ici, pouvait concerner une spécialité de deux secteurs d’activité totalement différents de notre territoire : celui de la chapellerie avec le garnissage des chapeaux et celui de la céramique avec la mise en place des garnitures et autres ornements sur les diverses poteries. Un autre mot me semble intéressant car, datant du Moyen-âge, il a totalement disparu aujourd’hui de notre vocabulaire populaire : « trenque » qui désignait de façon commune les divers outils pour trancher et notamment la bêche…
 

« (…) Sont comparus les nommés François Deleuze, garnisseur, et Jean Pierre Beaux aussi garnisseur habitants de cette ville d’Anduze. Lesquels nous ont requis de rédiger la plainte qu’ils viennent nous rendre des faits cy après détaillés, à quoi nous avons procédé d’après les déclarations des dits Deleuze et Beaux qui nous ont dit que venant de St Hyppolite et étant passés par Durfort, lorsqu’ils ont été au ci devant château de Tornac (étant alors environ les trois heures de l’après midi) ils se sont arrêtés pour boire un demi litre de vin chez le nommé Denis, agriculteur. Et après l’avoir bu ils sont sortis pour venir à Anduze, lorsqu’ils ont rencontré le nommé Pandaure, garde champêtre de la commune de Tornac, qu’ils connaissent, qui les a invités à se retourner pour boire un autre demi litre de vin.  Ils n’ont pas voulu lui refuser et ont accepté son invitation, et comme le dit Pandaure était armé de son fusil, le dit Deleuze, qui voyait devant lui deux coqs, a dit j’ai envi avec ton fusil d’en tuer un. Mais il faut savoir si le propriétaire des dits coqs y sera content, alors le dit Deleuze s’est rendu chez le nommé Nissaret, cordonnier, a qui ils appartenaient et lui a dit voulez vous me vendre un des coqs qui sont à la sortie de la basse cour. Alors le dit Nissaret lui a répondu oui je vous en vendrai un, celui qui est boiteux, quant à l’autre je ne veux point le vendre, quand vous m’en donnerez quatre francs, mais pour le boiteux je vous le vendrai à un franc cinquante centimes. A quoi le plaignant a consenti, et lui a dit si je le tue je vous le paye et je l’emporte. Et de suite ayant pris le fusil du sus dit garde champêtre lui a tiré, mais il l’a manqué. Le dit Nissaret a réclamé le paiement de son coq, le plaignant lui a répondu tachez d’attraper le coq et je vais vous le payer de suite. Alors le dit Nissaret qui tenait un manche de trenque à la main a frappé d’un coup sur le téton gauche qui a manqué le renverser par terre. Et a levé le dit manche pour l’en frapper sur la tête, lorsque le dit Jean Pierre Beaux s’est avancé précipitamment pour empêcher que Nissaret ne l’assomma. Alors ce dernier s’est retourné vers lui et lui a dit tu es aussi coquin que l’autre, lui a donné un soufflet sur la joue gauche, le pris au collet, l’a secoué fortement et en lui faisant lâcher prise il lui a déchiré un gilet de velours. Et après cette scène les plaignants, sans avoir riposté aux coups et aux insultes du dit Nissaret, lui ont dit attraper le coq et nous allons vous le payer. Effectivement lorsqu’ils l’ont eu le lui ont payé au prix convenu. Sont venus porter plainte et affirment tous les faits ci-dessus vrais et sincères, désignent pour témoins le dit Pandaure garde champêtre, Cazalès d’Atuech, Basalge, conducteur des troupeaux dans la montagne (…) »