C'est le passé et le présent qui se mélangent pour former la passionnante histoire culturelle de notre antique cité, tournée irrémédiablement vers l'avenir…
Ces "billets", pour amoureux d'Anduze, n'en sont que quelques modestes reflets.

18 mars 2017

Dernière partie de cartes à Tornac…

Une fois n’est pas coutume, ce 7 décembre 1806, le juge de paix du canton d’Anduze enregistra deux plaintes coup sur coup provenant de ce charmant et calme village de Tornac où il fait si bon vivre pourtant
Deux dépositions intéressantes pour les noms de famille qui ne laisseront pas indifférents les amateurs tornagais d’histoire locale ; certains d’entre eux sont d’ailleurs liés à la poterie et on les retrouve cités dans le fameux livre de Laurent Tavès.

Dans le cas présent il s’agit d’une simple partie de cartes entre « amis » qui dégénère en un véritable pugilat ! Les écrits ne précisent pas si de l’argent était en jeu, mais l’indice du vin permet déjà d’expliquer sans doute en grande partie ce déchaînement de violence…
Voici la première plainte reçue par Jean Coulomb aîné à dix-huit heures ce jour-là (toujours recopiée telle) :

« Est comparu Jean pierre Saix fils agriculteur habitant à Bouzene commune de Tornac lequel nous a requis de rédiger la plainte qu’il vient nous rendre des faits cy après détaillés, a quoi nous avons procédé d’après les déclarations du dit Saix qui a dit, qu’il y a environ une heure et demie, il était chez le sieur françois Astruc au dit Bouzene, à boire une bouteille de vin, et s’amusait à jouer aux cartes, avec les nommés Louis Pompeira, du mas Blanc, et Louis Bourguet du mas Rey, commune du dit Tornac. Voyant que le plaignant gagnait la partie, le dit Pompeira a pris les cartes et lui a dit qu’il avait perdu, au contraire lui a répondu le comparaissant j’ai gagné, et si vous enlevés les cartes c’est pour me faire perdre. Alors les dits Bourguet et Pompeira lui ont tombé dessus, l’ont pris par les cheveux, lui ont donné des coups de poings et des coups de pieds et sans les personnes qui sont survenues, l’auraient sans doute laissé sur les carreaux. Observant le plaignant qu’au moment que les susnommés lui ont cherché querelle le dit Pompeira est venu fermer la porte et s’est emparé d’une chaise. Sous lesquels faits le dit Saix affirme vrais et sincères désigne pour témoins d’iceux, Louis Teissier potier de terre et Jean Guerin fabricant de bas tous de la commune de Tornac, et du tout requiert acte se déclarer partie civile et a signé »
 

Une demi-heure plus tard le juge et son greffier virent arriver le deuxième plaignant. Il s’agit cette fois de Louis Pompeira a qui l’auteur de « le vase d’Anduze et les vases d'ornement de jardin »  consacre un paragraphe sous l’orthographe Pompeirac dans son chapitre « Les oubliés de l’histoire »

« Est comparu Louis Pompeira potier de terre, habitant au mas Blanc commune de Tornac lequel nous a requis de rédiger la plainte qu’il vient nous rendre des faits cy après détaillés a quoi nous avons procédé d’après les déclarations du dit Pompeira qui a dit qu’il y a environ deux heures, ils étaient a boire une bouteille de vin chez le sieur françois Astruc à Bouzene et s’amusait à jouer avec les nommés Louis Bourguet et Jean pierre Saix au dit Bouzene au jeu des cinq cartes. Le comparaissant voyant que Bourguet avait fait les deux premiers plies et que le valet de cœur qu’il avait dans sa main lui en faisait une a pris les cartes en disant Bourguet a gagné le point, alors le dit Saix lui a dit qu’il avait gagné, qu’on voulait le tromper, s’est levé et d’une raison à l’autre, ce dernier a donné un coup de pied entre les cuisses du plaignant qui a manqué le renverser par terre, et lui a sauté aux cheveux, mais les personnes qui sont survenues ont empêché qu’ils le maltraitassent, et chacun s’est retiré. Sous lesquels faits le comparaissant affirme vrais et sincères désigne pour témoins d’iceux, les nommés Guillaume Boissier fils, Bastide neveu du dit françois Astruc, Louis Teissier potier de terre et Jean Guerin fabricant de bas, tous de la commune de Tornac, et du tout requiert acte se déclarer partie civile et a signé »


Si on avait le sang chaud à l’époque avec l’insulte et le coup de poing faciles, le plus étonnant reste que les principaux protagonistes n’hésitaient pas non plus à faire dresser procès-verbal avec témoins de leur mauvaise fois respective, quittes à encourir une sanction. Allez savoir, peut-être ici retrouve-t-on le véritable esprit reboussier !

3 mars 2017

Camille Claudel…

Quand on regarde cette photographie ancienne de la jeune et jolie artiste aux yeux clairs, on comprend, en plus de son talent exceptionnel, tout l’intérêt amoureux qu’éprouva Auguste Rodin… Un sentiment partagé par Camille et exacerbé par une passion commune pour une sculpture exigeante de haut niveau où leurs créativités individuelles se rejoignaient.
Mais avec le temps cette relation, bénéfique à l’un et l’autre au début, montra tout son déséquilibre professionnel, Camille Claudel ne parvenant pas à obtenir une véritable reconnaissance officielle de son remarquable travail. Etre une femme libre et de surcroit artiste dans cette société puritaine de la fin du dix-neuvième siècle fut certainement son premier handicap, l’ombre du maître en étant un autre.
L’image de femme de caractère qu’elle renvoyait masquait en réalité une sensibilité à fleur de peau qui se cristallisa progressivement en une fragilité psychologique dont elle devait avoir la prédisposition. Cette fragilité, nourrie par ses frustrations et ses déceptions, amena la rupture avec Rodin et alors
commença pour cette femme d’exception une longue descente aux enfers…

Il a fallu une connaissance approfondie de l’histoire hors du commun de Camille Claudel et un ressenti particulier à Louise Caron pour écrire le beau texte inédit (*) qu’elle nous a proposé samedi dernier, salle Ugolin. Il s’agit d’un dialogue imaginaire entre la sculptrice et son frère Paul, lors d’une visite de celui-ci à l’atelier de sa sœur. Une rencontre en décembre 1905, avant le départ de l’écrivain et poète pour la Chine où il exerçait la fonction de consul.
Il y a d’abord la qualité de l’écriture, ce qui ne fut pas une surprise de la part de Louise, plume reconnue aujourd’hui dans le milieu théâtral et littéraire ; le fait d’avoir un texte particulièrement bien ciselé contribue évidemment de façon essentielle au succès de ce type de manifestation. Ensuite qui mieux que le couple Caron pouvait nous en offrir la lecture, installé derrière deux pupitres, avec cette présence charismatique que seules les années d’une longue complicité peuvent permettre ; une interprétation traduisant à merveille la relation très forte mais compliquée et quelques fois ambigüe qu’entretenaient le frère et la sœur.
Le décor, sobre, était simplement composé du choix judicieux d’une magnifique sculpture de Patricia Denimal, mais aussi d’un piano droit d’où la musicienne Françoise Samarcq accompagna avec sensibilité les paroles des deux comédiens. Une belle réussite pour cette première, d’ailleurs le public ne s’y est pas trompé en saluant la performance par de longs applaudissements…
 

(*) CAMILLE ET PAUL - Folie, un autre mot pour amour - Louise Caron - Aux Editions de la Librairie théâtrale - www.librairie-theatrale.com