C'est le passé et le présent qui se mélangent pour former la passionnante histoire culturelle de notre antique cité, tournée irrémédiablement vers l'avenir…
Ces "billets", pour amoureux d'Anduze, n'en sont que quelques modestes reflets.

26 décembre 2016

Monsieur le curé d’Anduze et l’affaire du bâton volant…

Bataille de Trafalgar par Auguste Mayer (1805-1890)
Ce jour là, premier brumaire de l’an quatorze (23 octobre 1805), Jean Coulomb aîné, le juge de paix, se rend à son cabinet anduzien accompagné de son greffier Jacques Gache. Ayant assisté avec un certain nombre de représentants des cantons de France au sacre de Napoléon 1er quelques mois plus tôt à Paris, il ne sait pas encore qu’il y a deux jours l’Empereur a subi son premier grand revers militaire avec la défaite franco-espagnole à la célèbre bataille navale de Trafalgar. Le héros anglais, l’amiral Nelson, ne profitera pourtant jamais de cette victoire car touché par une balle mortelle ajustée par un tireur d’élite français. Si la destruction de la majorité de ses navires engagés lui interdira définitivement son projet d’envahir l’Angleterre, nous savons que l’Empereur se rattrapera quelques temps plus tard avec différents succès terrestres à travers toute l’Europe…
Mais revenons à l'actualité locale avec notre juge et officier de police judiciaire de la ville et du canton d’Anduze qui enregistra à dix heures du matin une plainte bien particulière… En voici le texte transcrit tel quel d’après l’original, avec sa ponctuation très procès-verbal !…

Est comparu Mr Roqueplane, curé de cette ville d’Anduze, lequel nous a requis de rédiger la plainte qu’il vient nous rendre des faits ci après détaillés, à quoi nous avons procédé d’après la déclaration du dit Mr Roqueplane, qui nous a dit que le jour d’hier sur les huit heures et demie du soir, en sortant de chez lui pour aller veiller chez Mr Dominique Benoist et après avoir tourné le coin de sa maison, on lui lança de dessus la place Saint-Etienne un gros bâton de chêne vert, qui avait servi de manche à une hache, et qu’heureusement n’en ayant pas été atteint il se porta sur le lieu d’où le coup était parti, qui y étant arrivé il rencontra un enfant de l’âge de quatorze ou quinze ans, a qui il demanda comment il s’appelait, et d’où il était. Cet enfant satisfit à sa demande, mais l’émotion ou il était lui a fait oublier sa réponse. Il lui demanda ensuite ce qu’il faisait là, et s’il n’avait pas vu quels étaient ces polissons qui lui avait lancé le bâton. Il lui avait répondu qu’il faisait son chemin, qu’il avait bien vu des hommes qui après avoir lancé le bâton dont il se plaignait, s’étaient enfuis avec précipitation mais qu’il ne les avait pas reconnus, que voyant qu’il ne pouvait découvrir quels étaient ces individus, il continua sa route et qu’il rencontra à quelques distances de là les nommés Nissaret marié avec la fille de Bourrely, et Parlery dit Xaron, tous deux garçons chapelier habitants de cette ville, lesquels voyant le plaignant alarmé l’invitèrent à se retirer et offrirent de lui faire compagnie. Ils descendirent en conséquence pour aller chercher le bâton, et ils rencontrèrent la femme Privat qui portait une lanterne allumée de laquelle ils se servirent pour le trouver, lequel dit bâton nous a été remis par le plaignant comme pièce à conviction. Il nous a encore dit que ce qui le déterminait à porter cette plainte c’est que dans le courant de l’hiver dernier, il lui fut à deux différentes reprises lancé des pierres en sortant de chez lui, par lesquelles il ne fut jamais atteint, et comme il craint que cela ne soit quelque ennemi qui lui en veuille il est venu nous en porter la plainte, et nous a déclaré vouloir en poursuivre les auteurs si jamais il parvient à les découvrir, affirmant tous les faits ci dessus rappellés vrais et sincères, et a signé Roqueplane curé d’Anduze. 

Nous juge de paix officier de police judiciaire sus dit avons donné acte au dit Mr Roqueplane de sa comparution, et désirant découvrir les auteurs du délit dont il se plaint, pour les faire poursuivre avec toute la rigueur des lois, avons mandé venir les nommés Nissaret et Parlery, pour savoir par eux-mêmes s’ils n’avaient pas connu les individus qui avaient lancé le bâton dont se plaint le dit Mr Roqueplane, et pour nous dire le nom de l’enfant qui avait été trouvé sur la place St Etienne. Les dits Nissaret et Parlery arrivés nous ont dit qu’ils ne se trouvaient pas là au moment où le bâton avait été lancé, qu’ils avaient rencontré Mr le curé se plaignant, qu’ils avaient offert de l’accompagner et qu’ils avaient ensemble cherché le bâton, qu’ils avaient trouvé à l’aide de la lanterne de la femme Privat, qu’ils avaient rencontré chemin faisant. Nous leur avons encore demandé s’ils ne reconnaissaient pas le dit bâton, ils nous ont dit que non. Nous leur avons aussi demandé comment s’appelait l’enfant qui avait été trouvé sur la place St Etienne lors de cet événement, ils nous ont répondu qu’il s’appelait Pierre Dupuy, de Graviès dépendant de cette commune travaillant en qualité d’apprentis chez Massot aîné serrurier de cette ville. Nous l’avons de suite mandé venir, étant arrivé il a répondu aux diverses demandes que nous lui avons faîtes, qu’il se trouvait sur la place St Etienne a attendre un de ses camarades lorsque Mr le curé se plaignit qu’on lui avait lancé le bâton, qu’il avait vu trois personnes venant du côté de Beauregard, que l’une d’elles s’était arrêté à la fontaine, et que les deux autres s’étaient avancées jusqu’au platane et que de là l’une d’elles avait jeté le bâton et s’étaient tous enfuis à toutes jambes quand ils avaient entendu qu’on se plaignait. Nous lui avons encore demandé s’il n’avait reconnu aucun des dits individus et nous a répondu que non. Voyant que nos démarches sont inutiles pour découvrir les auteurs du délit dont se plaint le dit Mr Roqueplane, nous avons dressé le présent procès verbal pour, au cas on vienne à bout d’en découvrir les auteurs, ils soient poursuivis par devant les tribunaux compétents, et plus avant n’ayant été procédés, nous nous sommes signé avec notre greffier.

13 décembre 2016

Nuit agitée pour la Garde Nationale d’Anduze !…


Avec la révolution des 27, 28 et 29 juillet 1830 (les « Trois glorieuses ») où Charles X fut contraint de laisser le trône à son cousin le duc d’Orléans Louis Philippe, le nouveau pouvoir rétablira la Garde Nationale à travers tout le pays. Anduze, chef lieu de canton, abrita la cinquième compagnie commandée par le capitaine Bony.
Ce petit préambule pour vous situer le contexte général du document inédit que je vous propose de découvrir. Il fait parti des nombreux « vieux papiers » poussiéreux que j’ai trouvés au milieu du désordre des cartons de livres réformés de la bibliothèque. J’ai déjà eu l’occasion d’évoquer quelques-uns d’entre eux lors de précédents billets et je vous en soumettrai encore d’autres assez étonnants…
Tous ces différents témoignages anciens de la vie quotidienne d’Anduze qui méritent de gagner nos archives municipales, souvent amusants et émouvants avec le recul des années, peuvent être aussi particulièrement violents. Mais ces derniers, comme celui d’aujourd’hui, participent également à leur façon d’une meilleure connaissance de notre histoire locale accompagnée bien sûr depuis toujours de son cortège de délinquances et de brutalités inhérent à nos sociétés, quels qu’en furent et quels qu’en soient leurs modèles…


Garde Nationale d’Anduze
Rapport du sergent de garde du poste établi au quartier des Casernes
du 1er octobre mille huit cent trente

Hier soir à onze heure de la nuit le nommé Claude Firmin Chaudesaigues, chaudronnier et propriétaire foncier demeurant à Anduze, s’est introduit sans motif dans le corps de garde. Le sergent soussigné l’a invité à se retirer, ce qu’il a refusé de faire, disant qu’il souhaitait coucher au corps de garde. Cette autorisation lui a été accordé, sous condition qu’il serait tranquille. Mais au lieu de cela et lors d’une courte absence du sergent, il a voulu plaisanter avec le sieur Jean-Jacques Cornier, caporal de service, en faisant des gestes avec la main comme voulant tirer des armes. Cela étant ainsi Chaudesaigues a frappé méchantement le caporal Cornier et le renversa sur le lit de camps. En même temps d’une main il le saisi au bras et lui a donné deux coups de poing. Ce qui a obligé le caporal à crier au secours. Alors la garde entière voyant la fureur avec laquelle allait Chaudesaigues, le saisi et l’a enfermé dans la prison. La résistante colère qu’opposait Chaudesaigues a causé plusieurs blessures au sergent du poste à la main gauche et sans le prompt secours apporté au caporal, la force et la brutalité de l’assaillant aurait pu compromettre sa vie. Pendant toute la nuit Chaudesaigues n’a pas cessé de murmurer d’égorger les gens de garde lorsqu’il aurait sa liberté.
En foi de quoi le rapport a été fait pour être transmis à qui de droit.
A Anduze le premier octobre 1830


Suivent les signatures du sergent et du caporal, et celle du capitaine précédée de « Le capitaine de la 5ème Compagnie de la Garde Nationale d’Anduze, soussigné, certifie que les signatures ci-dessus sont sincères et véritables. Anduze le 1er octobre 1830 »

2 décembre 2016

Quelques nouvelles de la « tour ronde »…

Les travaux de la tour de l’Horloge sont entrés maintenant dans une phase de finitions pour l’ensemble des corps de métiers, mis à part le menuisier qui se fait attendre pour la réalisation du plancher à installer sur l’armature en fer forgé de l’estrade située sur la terrasse. C’est grâce à un puissant élévateur que dernièrement le lanternon a été hissé par l’extérieur jusqu’à celle-ci. Il vient coiffer l’arrivée de l’escalier hélicoïdal. Cela ajoute un charme certain à l’édifice et permet aussi d’assurer une parfaite étanchéité du troisième étage en cas de mauvais temps.

Des fenêtres ont été posées sur les deux petites baies, ainsi que des plaques discrètes et amovibles de Plexiglas en retrait des différentes ouvertures des canonnières et de l’archère. Une pose non hermétique pour laisser une circulation d’air, mais suffisante pour interdire définitivement l’entrée du monument aux pigeons !…

Toutes les trémies qui naguère laissaient passer les deux contrepoids de l’horloge étage par étage sont maintenant équipées d’une épaisse dalle de verre sur laquelle on peut marcher sans crainte (un peu plus de trois centimètres d’épaisseur). Cette modification, tout en permettant de conserver la trace ancienne de la fonction de la tour, agrandit considérablement l’espace des niveaux concernés.

L’installation électrique touche aussi à sa fin avec les différents éclairages et prises prévus de bas en haut de l’édifice, qu’ils soient au sol ou au plafond selon leurs destinations. Une nouvelle armoire réunissant les coffrets de commandes, avec notamment celui de l’horloge, a été aménagée au rez-de-chaussée : si les grands cadrans sont déjà à l’heure depuis quelques semaines, notre valeureuse gardienne du temps devrait
bientôt retrouver son moyen d'expression sonore avec le prochain raccordement de la cloche !…

22 novembre 2016

François-Félix de La Farelle et les seigneurs d’Anduze… 3

Voici le troisième et dernier volet de cet article concernant le destin funeste de la première et grande maison féodale d’Anduze, certes victime de sa loyauté envers son suzerain, mais aussi sans aucun doute de la jalousie au plus haut niveau de la couronne… Un texte dont le style s’inscrit bien dans son époque avec notamment en guise de conclusion une envolée lyrique caractéristique de ce milieu du dix-neuvième siècle !

 


« Au bruit de sa marche, presque toutes les villes, presque tous les châteaux, presque tous les barons de nos contrées se hâtèrent de lui envoyer ou apporter leur soumission. Bermond de Sauve lui-même, qui avait alors succédé à Bernard VII d’Anduze, son grand-père, se rendit à sa cour, et lui prêta hommage lige en 1226, pour tous ses châteaux et domaines. Après une lutte désespérée de deux ou trois ans, le comte de Toulouse, découragé, consentit à son tour à faire la paix et à subir les conditions du vainqueur ; mais Louis VIII, étant venu à mourir sur ces entrefaites, le traité ne fut signé qu’à Paris, en 1229, avec Blanche de Castille, sa veuve, reine régente du royaume et tutrice du jeune Louis IX, son fils. Raymond VII, renouvelant alors la fameuse humiliation de son père au concile de St Gilles, se présenta le jeudi saint, devant le grand portail de Notre-Dame, pour y faire amende honorable. « Ce fut un spectacle bien digne de compassion, dit un auteur contemporain, de voir un si grand homme qui avait résisté à tant de nations, être conduit à l’autel en chemise, en haut de chausse (in braccis) et nu-pieds. » Les coups de verge lui furent seuls épargnés par le légat, ce que l’on doit considérer comme un véritable progrès ; mais ce qu’on ne lui épargna point au contraire, ce fut la spoliation de la majeure partie de ses états. Il en fut dépouillé soit au profit de la couronne de France, soit en faveur du saint Siège, à l’égard du marquisat de Provence et de ses autres possessions au delà du Rhône.
 
« Raymond conserva seulement la ville de Toulouse avec son territoire épiscopal et quelques autres terres de médiocre importance ; encore même fallut-il remettre Jeanne, sa fille unique, à peine âgée de huit ans, entre les mains de la reine régente, pour être plus tard mariée à celui des frères de saint Louis que désignerait ce monarque. A cette condition, elle devait hériter de la ville de Toulouse et des autres domaines laissés à son père : mais le tout devait, après elle et à défaut de postérité, faire aussi retour à la couronne de France.
 
« Nous n’avons sans doute pas besoin de signaler la portée de cette dernière clause qui excluait la maison d’Anduze, ou pour mieux dire Bermond VII, de ses droits éventuels à la succession de Raymond VI, son aïeul. On ne voit pas néanmoins que Bermond ait alors protesté contre cette spoliation future ; peut-être ne l’osa-t-il pas en présence du monarque français victorieux ; peut-être n’y apporta-t-il qu’un médiocre intérêt, supposant ou que Jeanne aurait des enfants, ou que Raymond se procréerait d’autres héritiers ; mais ni l’une ni l’autre de ces hypothèses ne se réalisèrent, quoique la jeune princesse de Toulouse eût été mariée, même avant d’être nubile, au prince français Alphonse.
 
« Quatorze années après le traité de Paris, c’est-à-dire en 1242, les circonstances parurent favorables au comte Raymond pour essayer de rompre, avec le tranchant de son épée, ce traité si fatal à sa gloire, à son ambition et à l’avenir de sa race. Le roi d’Arragon, les comtes de Provence, de Foix, de la Marche, et de Comminge, se montraient disposés à le seconder. Le roi d ‘Angleterre, son oncle, promettait de faire une utile diversion du côté de la Guyenne, et avait déjà débarqué à Bordeaux avec une armée. Presque tous les seigneurs et barons de l’ancienne mouvance du comte, semblaient las de supporter le joug des Français, dont les habitudes, la rudesse et la hauteur les fatiguaient et blessaient singulièrement. Les peuples eux-même regrettaient leur ancienne indépendance de toute domination étrangère, et le gouvernement d’un prince, leur compatriote, dont les ancêtres régnaient sur eux depuis quatre siècles.
 
« Une ligue formidable se forma donc, en deçà de la Loire, contre la royauté française. Avons-nous besoin de dire que Bermond ne fut ni le dernier, ni le moins ardent à s’y jeter. On peut hardiment conjecturer qu’il en fut même un des principaux moteurs. C’est que, pour lui, il ne s’agissait pas seulement de satisfaire des antipathies nationales et de se soustraire à un joug odieux ; du succès pouvait sortir, au profit de sa famille, l’éventualité d’une brillante couronne, éventualité qui se fût même réalisée, car Alphonse et Jeanne de Toulouse moururent plus tard sans enfants, ainsi que nous l’avons énoncé tout à l’heure. Mais la fortune, ou plutôt la Providence, en avait décidé autrement : la prise d’armes du comte de Toulouse échoua rudement et rapidement. Le roi d’Angleterre fut battu par les troupes de saint Louis ; le comte de la Marche se détacha de la ligue ; le comte de Foix et les autres princes confédérés se soumirent. Raymond lui-même n’eut d’autre parti à prendre que de se mettre à la merci de son suzerain. Il obtint son pardon, rendit tous les châteaux et bourgs dont il s’était emparé, s’engagea à raser les fortifications de Toulouse, et se vit seulement condamné à se renfermer dans l’observation plus stricte, plus rigoureuse que jamais, du traité de Paris.
 
« Restait l’infortuné Pierre Bermond, qui avait maintenant à supporter seul tout le poids du courroux du monarque français. Aussi fut-il plus maltraité que tous les autres ; et l’on peut le considérer comme la victime sacrifiée à la vengeance, ou mieux encore, aux craintes intéressées du vainqueur. Toutes ses terres et seigneuries furent confisquées et réunies à la couronne, moyennant une pension héréditaire de 600 écus, qui lui fut octroyée, et la cession de la baronnie d’Hierle, dont il ne put même jamais obtenir la remise, malgré ses réclamations réitérées. Défense expresse lui fut faite de jamais remettre les pieds dans les cités et châteaux d’Anduze, Sauve, Sommières, Alais, etc. Ainsi s’éteignit dans nos contrées la domination de la maison seigneuriale d’Anduze. – Tandis que la branche des Raymond Pelet conservait seule sa portion de la seigneurie d’Alais en commun avec le roi de France, la descendance directe de Bermond VII se dispersa dans les provinces voisines, où nous la voyons apparaître de temps à autre portant toujours le nom d’Anduze, mais sans autre rapport que ce nom avec la cité qui le leur avait donné. En 1259, par exemple, sept ans après la mort de Bermond, Guillaume d’Anduze, son fils, et Philippine, sa fille, vicomtesse de Narbonne, font donation à Aymeri de Narbonne, leur neveu et fils, du comté de Tripoli, en Syrie, ou, pour parler plus exactement des prétentions que les comtes de Toulouse avaient eues sur ce comté ; ils font cette donation comme héritiers de Raymond VI, leur bisaïeul, et de Constance de Toulouse, leur grand-mère, tant il est vrai que le traité de 1229 avait seul ravi à la maison d’Anduze son droit héréditaire à la succession des comtes de Toulouse. Ce vain titre de comte de Tripoli fut donc le seul débris que cette maison sauva du grand naufrage de 1242 et 1243.– Que, si la ligue de la grande féodalité méridionale contre la couronne de France avait, au contraire, réussi, Anduze aurait eu, selon toute apparence, l’honneur de donner une dynastie royale à ce que l’on pourrait fort bien appeler le royaume de la Languedoc.

« Mais faut-il regretter qu’un tel événement ne se soit point réalisé ? Non, sans doute, car sa réalisation allait à l’encontre des hautes destinées historiques, réservées à notre glorieuse patrie. Il fallait, pour l’entier accomplissement de ces destinées, que le comté de Toulouse, comme les duchés de Normandie, de Bretagne, de Bourgogne, comme la Franche-Comté, la Provence et le Dauphiné, perdissent tour à tour leur rang d’états souverains, et devinssent les simples provinces de la monarchie la plus homogène, la plus compacte peut-être qui ait jamais existé. Oui, les choses devaient ainsi se passer, pour que toutes ces nationalités distinctes, languedocienne, normande, bretonne, bourguignonne, comtoise, provençale, dauphinoise, etc., fussent un jour, au beau soleil du 19.me siècle, fondues en une seule et immense nationalité, la grande nationalité française. »

9 novembre 2016

François-Félix de La Farelle et les seigneurs d'Anduze… 2


« Cette mémorable alliance de la maison d’Anduze avec la maison souveraine de Toulouse, s’effectua dans un moment où cette dernière avait grand besoin de se ménager l’appui de ses principaux vassaux ; car elle allait se trouver en bute à une ligue formidable, dont le prétexte était la prétendue complicité du comte Raymond VI avec l’hérésie ou révolte religieuse des Albigeois, et la véritable cause, la jalousie que sa trop grande puissance inspirait à tous les potentats ses voisins. Raymond VI, en voyant s’approcher l’armée des croisés, qui, sous les ordres de l’impitoyable Simon de Montfort, venait fondre sur ses sujets accusés d’hérésie, prévit bien que l’orage ne tarderait pas à éclater sur sa propre tête. Il jugea donc indispensable de se réconcilier au plus vite avec le saint Siège, et se rendit au concile de St-Gilles, pour y obtenir la levée de l’excommunication fulminée contre lui. Il y reçut, en effet, son absolution ; mais à quel prix ? au prix de l’humiliation la plus profonde qu’un prince souverain ait jamais eue à subir. M.e Milon, notaire et légat du pape, après avoir exigé son serment d’obéissance au chef de l’Eglise, lui fit passer une étole au cou, et, la prenant par les deux bouts, il l’introduisit dans l’église en le fouettant avec une poignée de verges(1) (Histoire du Languedoc). Bermond, son gendre, eut la douleur d’assister à cette humiliante cérémonie, ainsi que Bernard VII d’Anduze, et douze autres grands vassaux de l’infortuné comte Toulousain.
 
« Celui-ci n’obtint même pas, pour prix de cette inconcevable faiblesse, d’être plus épargné que ses malheureux sujets, menacés par la croisade, et, en moins de trois ans, Simon de Montfort l’avait dépouillé de la presque totalité de ses états. Il parait que Bermond, peu jaloux de se faire envelopper dans la disgrâce de son beau-père, non-seulement ne fit pas de grands efforts pour le défendre, mais joignit ses bandes cévenoles aux croisés qui assiégèrent et prirent Béziers. IL ne tarda même pas à séparer plus nettement sa cause de celle de son beau-père et de son neveu le jeune comte Raymond VII. Instruit que le roi d’Aragon, à la prière du vieux comte découragé, intercédait auprès du saint Siège en faveur de ces deux princes, il envoya, de son côté, un ambassadeur à Rome, pour y réclamer l’investiture et la mise en possession de l’entier héritage de Raymond VI. Selon lui, cet héritage revenait de droit à son épouse Constance, seul enfant légitime dudit Raymond, son fils étant, au contraire, illégitime comme issu d’une femme épousée par son père du vivant de Béatrix, sa première compagne. Voici, du reste, la partie la plus importante de sa lettre, telle que don Vaissette nous l’a conservée.
« Moi et mes ancêtres étant spécialement vassaux de l’Eglise romaine, de laquelle nous tenons une partie de nos domaines sous un certain cens, et lui ayant été obéissants et dévoués, je ne doute pas que votre Sainteté ne me réserve tous mes droits. J’ai épousé une fille du comte de Toulouse, laquelle est le seul enfant légitime qu’il ait ; ainsi les domaines de ce prince m’appartiennent à plus juste titre qu’à tout autre. Je prie donc votre Sainteté de ne pas instituer héritier Raymond, fils du comte de Toulouse, supposé qu’il vous en prie, ou quelque autre pour lui, et de ne pas le regarder comme légitime, parce qu’il ne l’est pas, étant né d’une femme (Jeanne d’Angleterre) qui était parente de son père au troisième degré, et que ce comte a épousée durant la vie de la mère de mon épouse, sa femme légitime. Si le jeune comte de Toulouse était institué héritier, non-seulement notre droit serait anéanti, mais tous les soins que les croisés se sont donnés pour rétablir la foi dans la province de Narbonne, deviendraient inutiles. » Pierre Bermond termine sa missive en promettant de se soumettre tout ce qu’ordonnera le pape, et se déclare son chevalier. Mais le pape avait des engagements trop positifs avec Simon de Montfort, pour faire droit à cette requête, qui est de 1212.
 
« Bermond VI eut pour successeur, même avant la mort de son père Bernard VII d’Anduze, arrivée en 1222, un autre Pierre Bermond, septième du nom, son fils aîné.(1) (M. Paulet, et à sa suite tous les historiens qui ont écrit spécialement sur les annales anduziennes, ont confondu ce Bermond VII, petit-fils de Raymond, avec Bermond VI, son père, époux de Constance, ce qui a occasionné, de leur part, d’étranges bévues. Paulet fait pis encore, il confond Raymond VI lui-même avec Raymond VII, qu’il fait fouetter à St-Gilles, en 1229 au lieu de 1209, à la place du comte son père. Ces deux méprises avaient jeté le désordre le plus complet dans cette partie de son histoire, que nous avons tâché d’élucider.)
 
« Peu après, en 1218, la mort de Simon de Montfort, tué au siège de Toulouse, vint ranimer le courage et rétablir les affaires de son aïeul, le vieux comte de Toulouse ; mais celui-ci, avant de se remettre en campagne, voulut se réconcilier avec la puissante maison d’Anduze, et conclut, à Perpignan, un véritable traité d’alliance avec son petit-fils. Par ce traité, dont le texte latin nous est parvenu, Raymond VI, comte de Toulouse, accorde à Bermond de Sauve, 1.° le château de Laroque-Valsergue, en Rouergue, avec toutes ses dépendances ; 2.° ses droits sur les comtés de Milhau et du Gévaudan, que le roi d’Aragon lui avait engagés moyennant 4,000 marcs d’argent fin ; 3.° la suzeraineté et domination qu’il avait lui-même sur les terres de Raymond Pelet, co-seigneur d’alias et autres lieux ; 4.° enfin, la suzeraineté et domination qu’il avait également sur toutes les possessions, tant de Bernard VIII d’Anduze, seigneur de Portes, oncle de Bermond, que de Vierne de Melgueuil, femme de ce même Bernard. De son côté, Bermond s’engage envers son aïeul à le servir et soutenir envers et contre tous, excepté contre le pape et le roi de France, à moins qu’ils ne refusassent de lui faire justice.
 
« Le seigneur de Sauve renonça, sans doute aussi, implicitement du moins, aux prétentions élevées par son père et sa mère, sur les autres états du comte de Toulouse ; car, à la mort de ce dernier, arrivée en 1222, Raymond VII, son fils, s’en mit tranquillement en possession, sans que son cousin germain, Bermond VII, essayât d’y mettre aucun obstacle. Le nouveau comte ne jouit pas long-temps en paix de l’héritage de ses aïeux, que son père lui avait légué après l’avoir reconquis, pendant les quatre dernières années de sa vie, sur Amaury de Montfort, fils et successeur de Simon. Un plus redoutable et plus puissant adversaire ne tarda pas, en effet, à venir le lui disputer. Les rois de France n’avaient point oublié que deux de leurs plus illustres prédécesseurs, Clovis et Charles Martel, avaient autrefois conquis et gouverné nos belles provinces méridionales. Le jeune Louis VIII, fils de Philippe-Auguste, n’ayant pas, comme son père, à lutter contre les Anglais, résolut de joindre ce nouvel et beau fleuron à la couronne de ses pères. Après s’être fait céder les droits d’Amaury de Montfort, et avoir obtenu, pour ses projets de conquêtes, la consécration du pape, il prit la croix avec un nombre infini de seigneurs français, ses vassaux, et s’achemina vers les états de Raymond à la tête d’une puissante armée. »

A suivre

29 octobre 2016

François-Félix de La Farelle et les seigneurs d’Anduze… 1

Portant le nom de l’une des familles nobles les plus influentes d’Anduze pendant plusieurs siècles, François-Félix de La Farelle fut aussi le dernier représentant mâle de la branche anduzienne qui s’éteignit avec lui en 1872. Un patronyme oublié aujourd’hui mais dont la notoriété de certains de ses possesseurs et l’ensemble des différentes lignées apparentées firent l’objet d’une étude historique et généalogique de la part du célèbre archiviste et chercheur Prosper Falgairolle en 1896. Une belle référence.
Mon intérêt pour les de La Farelle anduziens, et en particulier de François-Félix, vint il y a déjà quelque temps avec l’acquisition d’un ouvrage sur les travaux de l’académie royale du Gard daté de 1842 où je le découvrais signataire d’un long article sur les seigneurs d’Anduze au XIII ème siècle… Reçu membre de cette institution en 1839, cette personnalité brillante aux multiples facettes – avocat, homme politique (il fut député), économiste, écrivain, philosophe – s’intéressa donc au passé moyenâgeux de sa ville natale, n’hésitant pas d’ailleurs à épingler le manque de rigueur du docteur Paulet et son histoire de la ville d'Anduze concernant la période évoquée !
En dehors du fait que le récit de cet auteur est je crois peu connu, il apporte, même si les grandes lignes historiques sont immuables d’un historien à l’autre, une version intéressante des événements qui menèrent à la chute de la première maison seigneuriale d’Anduze.
En voici le texte original
sans corrections qui prendra plusieurs billets ; j'ai simplement placé les rares renvois dans le récit même et dans une couleur différente, notamment celui concernant Paulet.

 


« Il est pour les cités les plus modestes, comme pour les nations les plus puissantes, de certaines périodes de gloire et de splendeur historiques, qui dominent tout le cours de leur existence : ce sont comme les points lumineux dont s’éclaire tout leur passé, ou, si on l’aime mieux, ce sont les sources fécondes de vivaces souvenirs, qui viennent encore, après de longs siècles écoulés, faire battre d’un doux orgueil le cœur du citadin paisible, et ranimer son patriotisme municipal.

« Anduze, ville de six mille âmes environ, assise aux pieds des dernières croupes des Cévennes, et à l’entrée des fertiles plaines du Bas-Languedoc, n’est pas moins riche en traditions de cette nature, que bien d’autres cités, ses heureuses rivales de population et d’importance. Sans remémorer ici son antique origine perdue dans la nuit des temps, et sa rénovation à titre de colonie romaine, nous pourrions retracer le rôle brillant qu’elle a joué à deux reprises différentes ; d’abord sous Louis XIII, dans la guerre civile et religieuse de l’amiral de Rohan contre Richelieu ; puis sous le grand roi, dans la fameuse lutte du garçon boulanger Cavalier, contre l’immortel vainqueur de Denain. Mais ce sont là des souvenirs encore frais et vivants, que tout bon Cévenol de la Gardonnenque(1) (Gardonnenque, vallée du Gardon) conserve et considère un peu comme des titres de noblesse personnelle. Nous croyons devoir, par conséquent, donner la préférence à une autre période des annales anduziennes non moins brillante, quoique bien peu connue de nos jours. C’est la période signalée dans notre histoire générale par la célèbre croisade contre les Albigeois, et l’incorporation définitive du comté de Toulouse au royaume de France ; grands événements nationaux, qui eurent pour conséquence d’éteindre dans nos contrées la domination de la première maison seigneuriale d’Anduze, celle des Bernard et des Bermond Pelet.

« Cette domination remontait jusques au commencement du X.me siècle, c’est à dire, jusques à l’origine même de la forme féodale. Elle avait pris, dans le cours du XII.me, une haute importance provinciale, et faillit en obtenir une tout à fait nationale dans la première moitié du XIII.me ; c’est ce que nous allons essayer de rétablir et de raconter ici.

« Par ses diverses branches, la famille d’Anduze dominait sur la ville dont elle portait principalement le nom, sur celles d’Alais, de Sauve, de Sommières, voire même pendant quelque temps, sur Uzès, Arles et Beaucaire, comme aussi sur une foule de châteaux forts ou bourgs clos, tels que ceux de St-Ambrois, Montalet, Génolhac, Portes, Joyeuse, etc.,etc. Son domaine s’étendait, en un mot, des limites du Gévaudan jusques à celles de la vicomté de Nismes, et des frontières du Rouergue jusques au Rhône. Elle avait contracté des alliances matrimoniales avec les familles féodales les plus haut placées du midi, les familles de Melgueuil, Montpellier, Narbonne, Roquefeuil, et autres ; enfin, elle avait fourni d’illustres prélats au siège archiépiscopal de Narbonne, ainsi qu’aux sièges épiscopaux de Nismes et du Puy.

« Au commencement du XIII.me siècle, point de départ de notre chronique, cette maison avait pour principal représentant Bernard VII d’Anduze, co-seigneur d’Alais, celui-là même dont le sceau nous a été conservé dans les planches de l’Histoire de Languedoc. On l’y voit représenté à cheval sur les deux faces, d’un côté casque en tête, et l’épée à la main, avec cette exergue : sigillum Bernardi de Anduzia ; de l’autre, sonnant du cor, suivi de deux chiens, et avec cette exergue, otium vel gaudium (le mot est effacé) Bernardi de Anduzia : loisir ou délassement de Bernard d’Anduze. Bernard VII prenait, comme la plupart de ses ancêtres, le titre de marquis, marchio ; et c’était, sans contredit, l’un des plus considérables barons de nos provinces méridionales en deçà de la Loire, dites plus tard provinces de la Languedoc. Il n’était cependant lui-même que l’un des grands vassaux de Raimond VI, comte de Toulouse ; mais c’est qu’il faut voir en réalité, dans ce comte, l’un des plus puissants princes souverains de l’époque, puisque, sous les titres divers de duc de Narbonne, de comte de Toulouse et marquis de Provence, il régnait sur la majeure partie de l’ancienne Gaule méridionale.


« Aucun prince en France, pas même le roi, dit le docte historien du Languedoc, ne pouvait lutter avec lui pour l’étendue des domaines » ; et un poète du temps va jusques à prétendre « qu’il tenait en fief de Philippe-Auguste, son cousin germain, autant de villes qu’il y a de jours dans l’année » ; ajoutons qu’il en possédait un grand nombre sous la suzeraineté de l’empereur, celle du roi d’Angleterre, et celle du roi d’Aragon. Ses états étaient d’ailleurs ceux de l’ancienne Gaule romaine, et peut-être même de toute la chrétienté, où fleurissaient au plus haut degré l’agriculture, le commerce, les sciences, les lettres et les arts, toutes les sources, en un mot, de la richesse publique, tous les éléments du progrès civilisateur. Pendant ces derniers siècles, nos compatriotes d’outre-Loire ont, il est vrai, prétendu avoir pris le pas sur nous, au point de vue de ce progrès ; mais il n’en était certes pas de même alors, et nos ancêtres du XIII.me siècle regardaient un peu ces peuples, qui portaient exclusivement le nom de Français, comme des semi-barbares.

« Ceci posé, l’on comprendra quelle devait être l’importance politique de la maison d’Anduze, en voyant Bernard VII marier, en 1208, son fils aîné Bermond de Sauve, sixième du nom, avec Constance, la seule fille légitime de Raymond VI, et la femme en premières noces de Sanche VI dit le Vaillant, roi de Navarre, lequel venait de la répudier sans cause connue. C’était, du reste, un usage assez fréquemment pratiqué par les princes souverains de cette époque, que celui de changer de femmes au gré de leur passion, ou selon les intérêts de leur politique ; Raymond lui-même avait, dans le temps, remplacé Béatrix de Béziers, mère de Constance, d’abord par une princesse de Chypre, puis par Jeanne, fille du roi d’Angleterre, de laquelle il avait eu Raymond VII, son successeur. »

A suivre

15 octobre 2016

La tour poétique d’Anduze…

Un peu dans la suite du précédent billet, voici une petite aquarelle de 1885 représentant notre tour de l’Horloge accompagnée d’un poème en occitan. Elle me fut apportée il y a plusieurs mois par un particulier anduzien qui, apprenant les travaux concernant le monument, voulait nous faire profiter de cette image inédite. Malgré les reflets de son verre d’encadrement j’ai pu la photographier de façon acceptable avant de la lui restituer.
 
N’étant pas un spécialiste de la langue occitane j’ai demandé à notre ami Daniel Travier de jeter un coup d’œil au document. Voici sa réponse : « J’ignore qui est ce JB signataire de ce texte adressé à Adrien SEITTE pasteur originaire d’Anduze qu’on connait bien par ailleurs comme auteur des « Silhouettes et portraits huguenots ». Le texte lui-même ne casse pas 3 pattes à un canard ! Sa teneur occitane est assez pauvre tant il est francisé. Veuillez en trouver ci-joint une traduction assez littérale et non littéraire pour laquelle j’espère ne pas avoir fait trop de contre sens. Bien à vous »

Comme tu es vieille tour grise,
Encore droite comme un i,
Le soleil, la pluie et le vent du nord,
N’ont fait autre chose que te brunir.

Mais ton front se garnit de mousse
Et quand revient le gai printemps,
Entre tes pierres l’herbe pousse,
Puis, se balance au gré du vent.

Autrefois tu étais toute fière
De défendre les Anduziens ;
Quand il fallait en temps de guerre
Se tenir armé jusqu’aux dents.

Mais ici la foule indifférente,
Chaque jour passe devant toi ;
Et reste bien ignorante
D’un temps qui ne reviendra plus.

Et pourtant, malgré ta vieillesse,
Tes services ne sont pas achevés,
Tu ne veux pas connaître la paresse,
Ton horloge nous avertit.

Il est vrai que quelques fois elle s’oublie…
Sans doute lui contes-tu ton passé ?
On lui voit faire une course
Puis, il semble qu’elle est lassée…

Si ta voix comme une trompète,
Redisait tous les matins,
Ce qui se fait en cachette,
Ce qui bien bas, de mal se dit,

Il y en a plus d’une qui lève la tête,
Qui baisserait vite le front,
Et ne demanderait pas son reste,
Mais devant Dieu qui peut se cacher ?

Chaque fois donc qu’une heure sonne
Pensons à notre dernier jour,
Et si chacun ici s’applique,
Nous nous trouverons heureux toujours.


Si à priori ce texte n’est pas d’une grande qualité (n’est pas félibre qui veut !), il n’en demeure pas moins que l’ensemble du documentdont le dessin n’est pas maladroitreste le témoignage simple et émouvant d’une personne très attachée à sa vieille tour…

29 septembre 2016

Clara d’Anduze…

Les occasions d’évoquer notre mystérieuse troubadouresse sont rares, aussi c’est avec grand plaisir que j’ai pris connaissance dernièrement d’un article relatant l’inauguration de son premier buste connu au parc des Cordeliers. Ce « papier », paru dans l’hebdomadaire à diffusion nationale « Le monde illustré » du 24 août 1895 (pour les amateurs vous pouvez le retrouver sur le site Gallica de la BNF), montre toute l’importance accordée à cet événement culturel.
C’est la haute époque du Félibrige (association littéraire provençale créée au milieu du dix-neuvième siècle) et la présence de nombreux et quelques fois célèbres félibres – oubliés aujourd’hui – explique le succès populaire de ce genre de manifestation autour de la poésie et la musique. Mais au-delà des noms cités et du caractère documentaire très intéressant de sa description, le journaliste, à travers son style d’écriture, témoigne particulièrement bien de l’atmosphère de son temps. Voici le texte tel quel, avec seulement la correction orthographique de quelques noms :

« C’est à 10 heures du matin qu’a eu lieu la cérémonie d’inauguration du monument. Sur l’estrade avait pris place le maire et la municipalité de la ville, parmi lesquelles M. Malzac, député, des félibres nombreux venus d’Alais, de Nîmes et de Montpellier et de gracieuses dames du félibrige. Après un discours prononcé par M. le maire d’Anduze, M. Paul Mariéton, chancelier du félibrige, a fait tomber le voile qui recouvrait le monument au milieu des applaudissements de la foule et aux accents harmonieux des musiques. MM. les félibres Arnavielle, Delrieu, Paul Mariéton, Jean Carrère, etc., ont pris tour à tour la parole et tout en adressant leurs hommages à la troubadouresse ont jeté des fleurs sur la tombe du félibre Bastidon, président du Comité du monument, mort récemment sans avoir vu le couronnement de l’œuvre à laquelle il s’était voué. A midi, la cérémonie était terminée. Dans l’après-midi, un concours de musique et d’orphéons avait lieu dans le parc des Cordeliers et ensuite une superbe Cour d’amour présidée par de gentilles dames et demoiselles du félibrige alaisien.
Ce parc où s’étalent de beaux palmiers et des échantillons de flores diverses présentait un coup d’œil charmant, animé par une foule considérable et les femmes et les jeunes filles avec leurs robes roses, vertes ou bleues diapraient agréablement les pelouses dont elles semblaient les fleurs vivantes.
La fête s’est clôturée par un banquet félibréen donné dans la grande salle de la mairie. Ainsi a pris fin cette fête en l’honneur de Clara d’Anduze et de la poésie provençale, où ont fait assaut d’esprit les félibres et de beauté les gracieuses Cévenoles et à laquelle sont venues assister en foule les populations de la région. »


La sculpture, en bronze, fut volée sous l’occupation en 1942.
En illustration voici une photo inédite de la disparue, détourée d'origine à la gouache noire. Elle fut offerte encadrée à la mairie d’Anduze par André Puech, imprimeur, à l’occasion des « Fêtes de Clara d’Anduze » le 27 juin 1954. Ce jour-là on inaugurait, sous l’égide de l’association Anduzia, le nouveau et actuel buste en pierre du parc des Cordeliers. Mais ceci est une autre histoire…

19 septembre 2016

Un dictionnaire d'Anduze : la bonne idée…

Comme vous le savez, chaque année à l’occasion des Journées Européennes du Patrimoine, la municipalité d’Anduze, à travers sa délégation culturelle, propose à une personnalité aux compétences reconnues de venir nous parler d’histoires locales et quelques fois plus largement de notre environnement cévenol aux multiples facettes patrimoniales et historiques.
Parmi tous les distingués orateurs qui se sont succédés jusqu’à présent, comme Pierre Albert Clément, Alain Gas, Paul Chapel, Jean Salles et son équipe, Sophie Aspord-Mercier et dernièrement Nicolas Fauchère qui nous a régalé avec une étude remarquable sur nos anciennes fortifications, Bernard de Fréminville marqua d’une empreinte particulière son passage en 2010. Il créa, avec la collaboration du Théâtre Atelier d’Anduze, un véritable spectacle historique, interactif avec le public, autour d’un personnage emblématique des guerres de religions, le duc de Rohan.
Nous le connaissions déjà écrivain amateur d’histoires locales puisqu’il commit en 2008 deux ouvrages aux sujets totalement différents : « le mammouth de Durfort » et « Les remparts d’Anduze ». En 2012 ce fut « Le roman de Corconac » suivi en 2013 d’un petit livre promouvant Anduze dans le cadre d’une collection. Il sortit la même année une étude très étayée sur le château de Tornac et ses jardins légendaires. Ses publications hebdomadaires actuelles sur un blog spécifique consacré à la Grande Guerre viennent confirmer l’éclectisme des thèmes abordés par ce curieux d’histoire, infatigable et pour le moins productif.

Doué d’une grande puissance de travail, il faut l’être pour avoir édité l’important ouvrage « le dictionnaire encyclopédique, historique, toponymique, anecdotique et biographique d’Anduze ». Le sujet d’Anduze et le caractère inédit de sa présentation ne pouvait qu’attirer notre attention, même si ce ne fut finalement qu’une demi-surprise. En effet, connaissant bien maintenant l’auteur et la grande diversité de ses centres d’intérêt, son choix de la forme d’un dictionnaire n’est pas étonnant pour réunir en un volume autant d’informations différentes avec la multitude des domaines concernant directement ou indirectement l’histoire et la vie de notre ville.

Alors bien sûr certains, en parcourant l’ouvrage, y auront peut-être constaté des manques, des définitions insatisfaisantes au regard de leurs propres connaissances, bref, émettront les critiques inhérentes à ce genre de publication et auxquelles l’écrivain doit naturellement s’attendre.
Mais n’oublions pas que ce livre est avant tout une œuvre personnelle, le résultat de longs travaux de recherches effectués selon une méthodologie et des critères qui n’appartiennent qu’à l’auteur. Ses choix, car il a certainement bien fallu qu’il en fasse parmi la masse d’informations collectée, ont été sans aucun doute tributaires de ses propres affinités avec certains sujets, s’autorisant ainsi peut-être à en développer quelques-uns un peu plus que d’autres à travers leurs mots clé.
Même si Bernard s’est imposé un cadrage temporel entre 1200 et 1940, il n’en traite pas moins, en un peu plus de 520 pages, l’essentiel de ce qui a construit au fil des siècles notre identité locale.
Pour ma part, ce dictionnaire a rejoint les autres alignés sur une étagère de ma bibliothèque et depuis quelques mois j’ai pris l’habitude, au hasard de mes propres interrogations concernant un sujet local, d’aller vérifier si tel nom et son explication se trouve, à l’instar d’un petit Robert et autre Larousse, dans mon « Fréminville ».
Qu’il me pardonne pour cette liberté prise avec son patronyme, d’autant plus que je l’ai amputé de sa particule. Mais je lui souhaite que cette expression familière liée à son nom gagne le plus grand nombre possible des utilisateurs de son livre ; car elle est paradoxalement la marque non seulement du respect, mais aussi d’une reconnaissance populaire pour son détenteur… En tout cas la ville d’Anduze prend la mesure de la qualité et de l’importance du travail accompli.

Audrey Azoulay, notre ministre de la Culture et à propos des Journées du Patrimoine 2016 a écrit : « Le thème de cette année « Patrimoine et citoyenneté » nous renvoie aux sources même de cette manifestation créée en 1984 : celle d’une appropriation par tous d’un bien commun, d’une histoire commune. Le patrimoine et la citoyenneté sont deux notions dont la jonction raconte notre histoire, notre passé, mais dessine aussi notre présent et notre avenir ». Bernard de Fréminville et ses différents travaux expriment particulièrement bien cette idée.

C’est pourquoi nous voulions en proposant une rencontre conviviale avec la complicité amicale du Théâtre Atelier d’Anduze, et autour d’un véritable ouvrage de référence sur notre cité, lui témoigner tout notre intérêt et nos plus vifs remerciements pour contribuer de si belle manière au rayonnement culturel de la Porte des Cévennes.
La commémoration du centenaire de l’armistice de la première guerre mondiale verra certainement à Anduze l’organisation d’une belle exposition sur le sujet qui nous permettra par la même occasion de mettre en lumière ses recherches sur la mémoire des poilus anduziens. Ce sera sans doute aussi le moment, pour la municipalité et aux noms des Anduziens, de lui exprimer un peu plus officiellement notre gratitude…

4 septembre 2016

Patrimoine : le mot clé de notre rentrée culturelle…


Une fois n’est pas coutume, le dernier tiers de l’année 2016 sera particulièrement chargé au niveau culturel avec une importante actualité patrimoniale.
L’achèvement définitif des travaux de la tour de l’Horloge devrait se faire d’ici la fin de l’automne, une date plus précise étant impossible à donner à ce jour.

Entre-temps la municipalité et son projet de classement du site néolithique de la Grande Pallière verra sa première réunion avec toutes les parties prenantes institutionnelles et associatives favorables à cette protection. Ces derniers mois ce dossier a pris une dimension supplémentaire avec le recensement et la position GPS de toutes les meules de pierre (cela a été déjà fait pour les dolmens), terminées ou en cours de fabrication, présentes sur les lieux. Ces témoignages d’une carrière de tailleurs de meules – certainement très ancienne et qui donne l’impression d’avoir été abandonnée du jour au lendemain – méritent aussi toute notre attention. Ce sont Elisabeth Hébérard et quelques-uns de ses collègues du GARA (Groupe Alésien de Recherche Archéologique), accompagnés de Gilbert Calcatelle, qui ont effectué ce travail assez pénible du fait d’un terrain en pente et particulièrement broussailleux. J’aurai l’occasion d’en parler plus longuement le moment venu.

Au château de Tornac les derniers sondages archéologiques eurent lieu au mois de mai dernier dans les caves de la partie Renaissance des bâtiments avec notamment le dégagement de la citerne en son entier pour mieux comprendre son fonctionnement hydraulique. Sans entrer dans les détails de la synthèse de l’archéologue Sophie Aspord-Mercier, celle-ci émet l’hypothèse vraisemblable qu'en l’absence d’une source, ce bassin était chargé de collecter les eaux de pluie des toitures du logis. Dans le comblement dégagé et fouillé, diverses pierres de taille et pavés, fragments de dalles, briques et tuiles furent trouvés. Une énigme reste à résoudre quant à l’éventration conséquente du fond de la citerne, à priori postérieure à l’abandon du château : recherche d’un trésor ou peut-être du souterrain légendaire ?…
En dehors de l’intérêt purement archéologique de ces dernières fouilles, effectuées avec l’aide décidément précieuse du GARA, celles-ci font partie d’un projet plus large du SIVU avec la consolidation et la restauration de l’ensemble du sous-sol. Les travaux permettront une mise en valeur des caves mais aussi leur protection, avec pour finalité une ouverture au public de façon ponctuelle pour des visites guidées.
Après avoir lancé un appel d’offre au mois de juin, le SIVU, avec la collaboration de l’archéologue pour l’élaboration du cahier des charges, a retenu un architecte qui devra établir un projet comprenant deux tranches. L’une ferme concernant la consolidation et la mise en sécurité de la citerne et de la cave attenante ; l’autre, conditionnelle, venant compléter la précédente et ayant pour objet la consolidation et mise en sécurité de la cave nord-est permettant d’accéder au rez-de-chaussée de la petite tour ronde.

Il est évident que l’idéal, si les finances le permettent, serait de réaliser ces deux tranches ensemble, les caves étant toutes communicantes. De par sa situation souterraine, c’est l’espace le mieux conservé du site avec différents éléments architecturaux intéressants car témoins des remaniements successifs du château au cours des siècles…

21 août 2016

Spectacles à Anduze : destins de femmes…


 






La traviata

"Opéra de bouche à oreille








 







 Les fileuses de Maison Rouge

 "Les bouffons du soleil"

15 juillet 2016

Pause estivale et plume au repos 
pour « Le billet culturel d’Anduze »
 
Mais il est fort possible que quelques simples images soient postées
au gré de l’actualité culturelle locale, comme autant de cartes postales.

Par exemple notre incontestable et magnifique Porte des Cévennes
dont certains voudraient bien nous en confisquer le caractère unique.
Ceci en convoitant son intitulé pour mieux installer la confusion au sein
d’un territoire pourtant gagnant grâce à sa diversité identitaire et culturelle.
Nous resterons toujours vigilants face à l’ignorance mais aussi quelques fois
aux raisons obscures qui président à ces tentatives de détournement…

Avec une pensée pour les victimes et leurs familles de l'actualité 
monstrueuse de ces dernières heures, le plus bel été possible à tous !



7 juillet 2016

La talentueuse Patricia Denimal…

Nous remercions vivement Patricia Denimal d’avoir accepté notre invitation à venir exposer quelques unes de ses œuvres présentant son étonnant univers artistique.
Un cheminement fantastique où ses créatures imaginaires, mi homme mi animal, ne déclenchent aucune répulsion dans leurs représentations sinon la curiosité et l’admiration pour sa créativité servie par la maîtrise de la matière ; comme si nous étions déjà en pays de connaissance et qu’au plus profond de notre mémoire surgissaient des souvenirs diffus, profondément enfouis, peut-être en relation avec quelques dieux païens oubliés depuis la nuit des temps.
 
Et puis, comme pour conjurer ces idoles dont nous ne sauront jamais si elles étaient bénéfiques ou maléfiques, l’artiste interpose l’humain à part entière, dans sa fragilité mais aussi dans toute sa sensibilité et sa poésie, à l’image de ses couples enlacés.
Alors bien sûr, Patricia est loin d’être une inconnue ici, avec ses nombreuses expositions personnelles ou en groupe dans toute la région ces dernières années, notamment d’ailleurs à Anduze avec le magnifique Festival de la Céramique.
 
Mais nous souhaitions apporter, avec cet éclairage particulier sur son travail, notre hommage à une artiste anduzienne discrète dont le talent reconnu amène à exposer partout en France et hors de nos frontières. Une activité artistique de haut niveau qui participe donc du rayonnement culturel de notre cité.
 
Pour tout cela nous sommes ravis et honorés de sa présence pendant quelques jours sous les voûtes séculaires de notre belle salle d’exposition…

30 juin 2016

Le Cratère et le feu…

C’était la deuxième année consécutive que la ville d’Anduze recevait Cratère Surfaces, ce magnifique festival des arts de la rue, organisé et partagé entre quelques communes désireuses de participer à cette fête. Si ce fut un honneur pour nous d’avoir inauguré l’édition 2016, nous avons été particulièrement ravis d’être associés à Alès bien sûr, mais aussi à nos voisines Corbès et Massillargues Atuech.
Enchantés aussi d’avoir eu la participation exceptionnelle du Train à Vapeur des Cévennes qui donna sans aucun doute ici une dimension supplémentaire à cette manifestation, étant déjà à lui tout seul un véritable spectacle.  
 
Avec un ou deux rendez-vous annuels, la Porte des Cévennes accueille depuis plusieurs années et toujours avec plaisir l’équipe du Cratère et son directeur, Denis Lafaurie, pour des moments culturels dont le succès ne s’est jamais démenti et auprès d’un public toujours nombreux et connaisseur.
A l’image de ce festival, cette réussite n’est pas due au fruit du hasard mais bien au professionnalisme et au talent de tous les intervenants de l’événement ; rouages nobles d’une mécanique de précision spécialement conçue pour une mise en valeur optimum du travail des artistes de rue.
Cultivant l’expression de la liberté et la liberté d’expression, ceux-ci ont comme terrain de jeux l’espace public, c’est leur spécificité, quelques fois leur difficulté. Mais s’ils réussissent à se l’approprier, à transformer ses contraintes en autant d’atouts servant leurs créations, ils gagnent le cœur des spectateurs et laissent en partant des étoiles dans les yeux des enfants de 7 à 77 ans pour un bon moment !
 
Ce fut sans conteste le cas à Anduze où le public s’est pressé pour venir assister aux différents spectacles proposés. D’abord « Pelat » de et avec Joan Català, extraordinaire acrobate espagnol accompagné d’un mât en bois dont il fait ce qu’il veut avec la complicité des spectateurs. Avec « The primitives » c’est trois hommes en costume et cravate noirs sur chemise blanche qui se promènent au milieu de la foule en imaginant des situations complètement absurdes sous les sourires et les yeux médusés des passants.
« Duo bonito » remporta un véritable triomphe lors de sa prestation au parc des Cordeliers. Il faut dire que nous avons bénéficié d’une performance hors normes des deux protagonistes. L’un (Nicolas) musicien exceptionnel capable de jouer de tous les instruments – même les plus improbables ! –, l’autre (Raquel) magnifique chanteuse et comédienne. Alors quand en plus c’est un humour ravageur qui les réunit, ce ne pouvait être qu’un merveilleux moment…
 
Le final de l’escale anduzienne de Cratère Surfaces était très attendu avec « Pyromènes ». Une préparation particulière et minutieuse eut lieu en amont avec le créateur de l’événement Pierre de Mecquenem, accompagné de son équipe et de celle de la scène nationale. Le feu est un joli thème mais qui ne souffre aucune erreur. A la nuit, après la réunion de différentes déambulations éclairées à la torche et parties de plusieurs points d’Anduze, nous avons assisté à l’embrasement d’une grande roue tournante sur fond musical. Ce spectacle, agencé comme un rituel étrange et beau, a sans aucun doute permis au très nombreux public présent d’imaginer un instant être retourné dans un lointain passé où le feu, à la fois salvateur et destructeur, était élevé au rang de divinité…

10 juin 2016

Anduze : calade, calade !…


Pour ce billet plus de photos que de textes pour évoquer la poursuite des travaux de la tour. Simplement quelques mots pour préciser que l’installation des calades en galets du gardon correspondantes aux sols des premier et deuxième étages est terminée et que le carrelage du rez-de-chaussée est en cours. 
Un retard considérable a été pris sur les travaux de la terrasse du fait de ces fameuses gargouilles qui posent encore problème pour l’étanchéité des murs en cas de pluie. Leurs accès ont été largement ouverts par les ouvriers pour comprendre comment « les Anciens » avaient conçu ces évacuations indispensables. Avec les nouveaux éléments recueillis, l’architecte et ses collaborateurs sont en passe de trouver une solution la plus efficace possible, en espérant qu’une autre mauvaise surprise ne vienne pas la remettre en question…

(cliquer sur les photos pour les agrandir)

Puisque j’ai parlé un peu plus haut de « calades », un petit clin d’œil au chantier d’insertion FAIRE qui s’occupe depuis plusieurs mois du chemin menant aux « Vieilles Prisons ». Son aménagement en pierres avance doucement mais sûrement. Il commence à donner une idée concrète du résultat final avec un accès devenu beau et plus « confortable »…


24 mai 2016

Arles et sa monnaie antique…

C’est sous le nombre sept que s’inscrivit cette année la Bourse Nationale Numismatique d’Anduze. Si c’est un chiffre souvent important pour les superstitieux et les amateurs de sciences occultes, c’est en tout cas aujourd’hui l’âge de raison pour cette manifestation devenue, au fil des années, le rendez-vous incontournable de beaucoup de collectionneurs.

Magique ou non, il faut reconnaître que cette septième année est à marquer d’une pierre blanche. Que dis-je, d’une pièce d’or ! En effet, tout en remerciant chaleureusement le président du Club Numismatique Cévenol Stéphane Blanchard et tous ses membres actifs dont bien sûr notre ami Aimé Aigouy, il faut aussi féliciter Joël Mir, le notaire d’Anduze, pour son accession à la présidence de la Fédération Française des Associations Numismatiques. Cette nomination apporte un éclat supplémentaire au rayonnement de notre Porte des Cévennes.

En parlant d’éclat c’est en homme brillant que monsieur Laurent Schmitt nous fit bénéficier une nouvelle fois de son don de conférencier en nous parlant avec sa faconde habituelle de la magnifique Arles, lieu de l’installation d’un nouvel atelier monétaire romain au début du quatrième siècle. Si au premier abord ce sujet pouvait paraître rébarbatif et d’un intérêt moindre, le nombreux public présent dans la salle jusqu’au bout de l’intervention a prouvé, comme chaque année, qu’il n’en fut rien. Ceci grâce à la présentation originale et ludique d’une conférence débordant largement le cadre numismatique pour évoquer aussi la géopolitique et l’Histoire de cette période mouvementée. 

Finalement et indirectement, Laurent Schmitt nous a rappelé avec talent qu’aujourd’hui, à un peu plus d’une heure de route d’Anduzia, se dresse une autre cité antique qui mérite le détour, Arelate, dont la beauté des monuments et quelques pièces de monnaie témoignent encore de sa splendeur passée de résidence impériale romaine…

14 mai 2016

Tour de l’Horloge : nouvelles du chantier…

Les travaux de la tour de l’Horloge se poursuivent avec bien sûr leurs lots de petits problèmes à résoudre pour les différents intervenants. Comme par exemple le percement des conduits entre chaque niveau pour permettre à l’électricien de passer ses câbles : la hauteur considérable à percer mais surtout la dureté extrême des pierres va contraindre les maçons à contacter des spécialistes pour effectuer ces carottages indispensables.
La terrasse engendre aussi quelques soucis qu’il faudra résoudre rapidement au niveau de ses gargouilles censées évacuer l’eau. Non seulement elles sont bouchées mais il y a de fortes chances pour qu’elles soient devenues poreuses, l’ensemble favorisant des infiltrations dans l’épaisseur des murs (1,60 m de large) quand il pleut. Cette eau finit par suinter à l’intérieur de la tour…

Si c’est une chose que de dresser de jolis plans, qui par ailleurs sont absolument nécessaires, quelques fois s’en est une autre de les adapter à la réalité concrète du terrain. Mais pour ces hommes compétents habitués à ces chantiers particuliers du patrimoine, c’est pour ainsi dire de la routine !

Murs et plafonds sont maintenant pratiquement terminés dans leur nettoyage et leur rejointoiement. Une collaboration de plus en plus étroite va s’effectuer entre l’entreprise de maçonnerie, qui s’occupe aussi de la réfection des sols, et les ferronniers pour la pose des différents escaliers. Il va falloir qu’ils s’entendent bien pour coordonner leurs actions mutuelles et éviter ainsi un chevauchement risqué de leurs travaux.

Bénéficiant d’une nouvelle livrée aux couleurs éclatantes, notre coq a regagné son perchoir de luxe. Pour que les plumes de sa queue soient moins en prise avec le vent dont nous savons qu’il peut être brutal dans ce couloir naturel, nous l’avons orienté un peu différemment par rapport à sa position d’origine. Il peut maintenant admirer une vue imprenable sur la porte des Cévennes…

29 avril 2016

Art et Nature à la Bambouseraie…

Chaque année à Générargues, la Bambouseraie invite quelques plasticiens à venir investir ses lieux pour quelques mois. De mars à novembre nous sommes susceptibles de découvrir, au détour des allées du site, les installations éphémères et surprenantes des artistes.

Si « la critique est aisée, l’art est difficile » il n’en demeure pas moins qu’en général et à part quelques exceptions qui confirment la règle pour notre plus grand plaisir, les créateurs dits contemporains utilisent souvent dans leurs réalisations des dimensions spectaculaires pour peut-être essayer de compenser une certaine pauvreté conceptuelle…
Un lieu comme ce jardin remarquable, déjà pratiquement reconnu lui-même comme une œuvre d’art, peut devenir un véritable handicap pour l’artiste. Vouloir s’approprier ne serait-ce que quelques mètres carrés de cet environnement exceptionnel et réussir à attirer l’attention du visiteur sur sa propre création est déjà une belle performance !

C’est le pari gagné de Mireille Laborie qui nous propose sous le titre « Ainsi soie fil » un travail sur le thème de la soie, matière que l’on connait bien puisqu’elle fut longtemps au centre de l’histoire économique des Cévennes. Non, ici point de cocon mais une façon tout à fait personnelle et originale d’aborder ce sujet avec l’installation de la structure élégante d’une grande toile d’araignée au milieu des bambous ! La beauté aérienne de cette architecture très élaborée de fils se prête facilement à toutes sortes de symboles et la conceptrice, dans son argumentation, ne se prive pas de nous les rappeler : créativité, patience, sagesse… Mais la toile c’est aussi le Web qui a révolutionné la communication et l’échange entre les personnes dans le monde entier, avec un revers à la médaille que l’artiste nous précise : « Vécu comme un symbole de liberté, cette immense toile, si l’on n’y prend garde, pourrait bien se révéler un piège… »

17 avril 2016

La compagnie Antagonie à Anduze : première visite réussie !…

Ce vendredi 15 avril, salle Marcel Pagnol, la municipalité recevait pour la première fois la compagnie Antagonie et sa joyeuse troupe composée d’une quinzaine de personnes pour une représentation de sa pièce « Building ». Ecrite par Léonore Confino, cette création contemporaine met en lumière, à travers une journée type des employés d’une grande société, des rapports humains pervertis par l’intérêt supérieur de l’entreprise. Celle-ci, dispersée dans les nombreux étages d’une tour de verre où viennent s’écraser les oiseaux contre les baies, est bien entendu desservie par une batterie d’ascenseurs rythmant son activité.

Le décors planté, il ne restait plus qu’à trouver une mise en scène astucieuse et dynamique pour servir un texte à l’humour décapant mais aussi quelques fois poétique en frisant avec le surréalisme. C’est le pari réussi de Pélagie Sanchez qui a su tirer parti de la belle cohésion du groupe de comédiens de talent, complètement investi dans ses rôles et dont la grande complicité était essentielle dans ce type de scénographie. Sans prendre l’ascenseur les spectateurs ont pu suivre avec délectation toutes les différentes scènes qui allaient, étage par étage et crescendo dans l’outrance d’un jeu de plus en plus déjanté, conduire à l’apothéose du treizième et dernier niveau où soufflait, il faut le dire, un véritable vent de folie !…

Un grand bravo à toute cette sympathique équipe qui fut applaudie généreusement à la fin du spectacle par un public conquis et que nous reverrons certainement à Anduze.

1 avril 2016

Nostalgie, quand tu nous tiens !…


Souvenez-vous, en novembre dernier je fis un billet consacré à l’un de nos poilus qui se sortit miraculeusement d’une blessure à la tête. Il s’appelait Alfred Genolhac et j’évoquais par la même occasion son père, libraire à Anduze.

Et voilà que dernièrement je tombe par hasard sur cette carte postale ancienne du début du vingtième siècle, avec notre fontaine Pagode et les différentes boutiques de l’époque s’alignant derrière elle. Cette vue, à priori plutôt rare et particulièrement vivante avec cette ribambelle d’enfants, nous permet de situer sans conteste la petite librairie Genolhac ! Ceci grâce à l’initiative de ce commerçant puisqu’il en fut également l’éditeur !

Un document décidément très intéressant puisqu’il m’indique aussi la position du petit magasin d’horlogerie-bijouterie Revoux (à l’extrême gauche de la carte postale) qui vendait notamment et entre autres une  montre de gousset en argent avec sa clé de remontage comme celles de la photo, toutes deux signées de son nom et « à Anduze » (cliquer sur la photo pour l'agrandir).

Faire remonter à la surface du temps quelques éléments de notre petite histoire locale avec ce type de découverte, si modeste soit-il, c'est toujours un véritable moment de plaisir : les nombreux amateurs me comprendront !…

14 mars 2016

Cocorico !…

Un petit complément au précédent billet culturel avec cette photo inédite, pour ne pas dire historique, présentant notre coq de retour sur le « plancher des vaches » l’espace de quelques semaines pour une rénovation méritée dans les ateliers de l’entreprise Bodet.

La présence du technicien à ses côtés permet de constater la taille respectable du volatile, même si celui-ci a perdu au cours des années quelques plumes ! Perte due sans aucun doute au temps qui passe (je compatis, car moi-même…) mais aussi certainement à quelque soucis. En effet vous remarquerez que notre gallinacé préféré est aveugle. Alors imaginez ce temps interminable vécu, perché à vingt deux mètres de hauteur, sans avoir eu une seule seconde la possibilité d’admirer le paysage somptueux qui l’entourait…
La preuve en est qu’il ne s’est même pas aperçu qu’un autre oiseau avait fait son nids dans le globe qu’il protège jalousement avec l’une de ses pattes.

Mais tout cela c’est du passé ! Le coq d’Anduze va bientôt retrouver toutes ses plumes et la vue, bénéficiant d’une cure de jouvence qui lui redonnera aussi toutes ses couleurs. Et pour les mauvaises langues et les esprits chagrins, rassurez-vous : nous n’oublierons pas de le faire pisser avant de le remonter sur son socle, au sommet de la tour de l'Horloge pour des décennies !…