C'est le passé et le présent qui se mélangent pour former la passionnante histoire culturelle de notre antique cité, tournée irrémédiablement vers l'avenir…
Ces "billets", pour amoureux d'Anduze, n'en sont que quelques modestes reflets.

20 février 2012

Nos premiers seigneurs d'Anduze… vous avez dit Barbares ?

Si nous avons vu dans un précédent billet que la première trace écrite évoquant Anduze se trouvait gravée sur une petite pierre taillée d'époque romaine, il faut bien reconnaître que pour ce qui concerne la période succédant à la chute de cet empire jusqu'au IX ème siècle les témoignages et autres documents locaux sont plutôt rares. Il est vrai que le Haut Moyen-âge fut une période particulièrement brutale et agitée avec une succession d'invasions et de guerres, accompagnées de leurs cortèges de massacres et de destructions en tous genres.
Parmi ces envahisseurs "Barbares", terme employé par les Grecs et repris par les Romains pour désigner les peuples étrangers à leur civilisation, ce sont les Wisigoths qui réussirent à s'implanter de façon durable en Septimanie, malgré leur défaite contre Clovis et ses Francs, près d'un siècle après leur installation dans le grand sud de la Gaule. Ceci grâce à leur intelligence et un pouvoir d'adaptation à la vie locale existante, tout en conservant certaines traditions ancestrales propres à leurs origines. Ils finirent donc par faire souche, leurs seigneurs contribuant avec les Carolingiens au maillage féodal qui s'installa après la mort de Charlemagne et le morcellement de son immense empire.
A l'échelon local nous trouvons trace, à travers les textes, de ces seigneurs d'origine wisigothe qu'à partir du X ème siècle pour Anduze avec Bernard II et son surnom de miles pelitus (chevalier fourré) et au XI ème siècle pour Alès avec Raimond Pelet, nom que les seigneurs de cette ville gardèrent jusqu'au XV ème siècle.
Mais laissons parler l'historien Richard Bavoillot-Laussade : "Dans la société aristocratique gothique, depuis au moins le V ème siècle, le titre de princeps pelitus était réservé aux grands, princes ou rois qui portaient, en signe de leur race ou de leur dignité, soit une pelisse fourrée, soit un bonnet de fourrure. Les pileatos sont signalés par l'historien goth Jordanès au V ème siècle. A cette époque, le célèbre généralissime Ricimer est l'objet de moqueries de la part d'Anthémius. Pour cet aristocrate romain, il n'est qu'un "Barbare fourré". Or, Ricimer, né de père suève et de mère gothe, s'était attribué à lui-même tous les titres romains imaginable et avait également assumé les marques les plus hautes de la hiérarchie germanique. Il était un princeps pelitus.
Trajan avait déjà relevé une coutume assez proche chez les Daces qui se distinguaient entre "chevelus", c'est-à-dire nue-tête et pileatos, c'est-à-dire coiffés d'un pileus, bonnet de fourrure en forme de toque. Les reliefs de la colonne trajane à Rome montrent des Barbares coiffés d'un bonnet fourré."
Nul doute que nos premiers seigneurs étaient des "Barbares", guerriers et gardiens vigilants de ce poste frontière stratégique qu'était Anduze, situé aux confins de leur territoire, la Septimanie… Appelée aussi la Gothie !

9 février 2012

Nous ne sommes pas encore au bout du quai !…

Le quai à droite et sa rampe
"Lecture est donnée d'une pétition, de nombreux habitants de la ville demandant le prolongement du quai. Après une longue discussion, à laquelle plusieurs membres de l'assemblée prennent part, le Conseil prend cette demande en considération, reconnaît en principe l'extrême utilité du prolongement du quai, mais ne pouvant, vu l'état de ses finances et sans qu'un pareil projet ait été étudié avec soin, en voter l'exécution dans son entier, et considérant, en outre, que nul devis ne peut, pour l'évaluation de la dépense, équivaloir à une exécution partielle, décide que deux mille cinq cents francs, à prendre sur les premiers fonds disponibles, seront affectés à édifier la partie de mur prolongeant le mur latéral du quai du côté du levant dont les fondements sont déjà jetés."

Cet extrait du procès verbal du Conseil municipal du 8 novembre 1857 montre bien que le projet d'un prolongement du quai existant n'est pas chose nouvelle, mais toujours lié, quelle que soit l'époque, au coût exorbitant d'un tel chantier. Dans sa notice sur la ville d'Anduze de 1823, l'auteur A. Viguier se faisait déjà le porte-parole de ce désir anduzien.
Nous savons que la construction de la digue telle que nous la connaissons aujourd'hui, important ouvrage d'art de la fin du XVIIIème siècle réalisé grâce aux deniers des Etats de Languedoc, est insuffisante pour répondre à la canalisation d'une forte gardonnade : le dernier gros épisode cévenol de septembre 2002 nous l'a rappelé de façon dramatique et a contribué de ce fait à remettre le fameux projet sur la table.
Si notre vieux quai, façonné avec de belles et vieilles pierres taillées, participe depuis longtemps au charme architectural d'Anduze, quel pourra être l'impact environnemental d'un futur prolongement ? Ne devrons-nous pas faire les choix de la sécurité et de l'efficacité contre l'esthétisme ? Epineuses questions qui trouveront de toute façon leurs réponses le moment venu, devant les différents projets proposés… Restons optimistes !