C'est le passé et le présent qui se mélangent pour former la passionnante histoire culturelle de notre antique cité, tournée irrémédiablement vers l'avenir…
Ces "billets", pour amoureux d'Anduze, n'en sont que quelques modestes reflets.

28 avril 2011

Deux artistes anduziens qui font leur chemin…

Du vendredi 29 avril au dimanche 8 mai, dans le cadre de la cinquième édition de "Chemins d'Art", la participation de deux artistes anduziens, Nathalie Montel (peintre) et Julien Viot dit "ïoO" (caricaturiste), permet à notre cité d'être présente pour la première fois et de façon concrète à ce rendez-vous de qualité.
L'originalité de cette manifestation artistique est de proposer au public de rencontrer les artistes sur leur lieu de travail, permettant ainsi une meilleure connaissance des différentes étapes qui conduisent aux œuvres abouties qu'ils nous présentent. Cette année, 88 artistes ouvrent leurs ateliers à travers le Gard, sur 5 parcours déterminés par les organisateurs et, bien sûr, en fonction de la situation géographique des intervenants : les chemins Alès-Cévennes, Vallée de la Cèze, Uzège-Garrigue, Gard-Sud, Vézénobres-Sauve.
L'avantage de cette belle initiative est qu'elle permet aussi aux amateurs d'arts de profiter de leur déplacement chez les artistes pour découvrir leur environnement et la diversité du patrimoine particulièrement riche de notre beau département.
Pour plus d'informations sur cet événement culturel : www.ateliers-ouverts.com




Les deux artistes sont visibles 
du vendredi 29 avril au dimanche 8 mai 
de 10h à 12h30 et de 14h à 19h.
 
Nathalie Montel :
Poulverel Haut, 
265 chemin du Mas Perdu à Anduze
 
ïoO chez Ricochets :
1 ter rue Gréfeuille à Anduze

21 avril 2011

Anduzia l'antique !

Ceux, et ils sont nombreux, qui connaissent les grandes lignes de notre histoire anduzienne, savent que la plus ancienne preuve "écrite" de la longue existence de notre cité est matérialisée par la belle gravure de son nom en latin sur une pierre taillée. Ce petit bloc de marbre, de 24 cm de haut pour 12 cm de large et de profondeur, fut trouvé en 1747 en creusant les fondations d'une nouvelle maison, à deux pas de la Fontaine de Nîmes.
Datée du premier siècle de notre ère, cette pièce fait partie de l'une des collections de Jean-François Séguier, naturaliste et archéologue nîmois du XVIII ème siècle. Aujourd'hui elle est exposée au Musée Archéologique de Nîmes.
Si ANDUZIA et quelques autres (VGERNI/Beaucaire, SEXTANT/Castelnau-le-Lez, BRIGINN/Brignon, VCETIAE/ Uzès) ne posent pas trop de problème de traduction, certains noms restent énigmatiques et suscitent encore aujourd'hui la controverse entre spécialistes. Ainsi que la destination finale de l'objet : considéré comme un piédestal, avec une couronne circulaire le coiffant, supportait-il une colonnette ? Et pour quel usage ?
Emile Espérandieu (1857-1939), épigraphiste et archéologue gardois, cite Pline et Strabon, du premier siècle de notre ère, affirmant que le territoire nîmois possédait 24 localités secondaires et que cette pierre aurait pu commémorer une offrande faite par ces villes au dieu Nemausus (c'est le nom gallo-romain d'origine celtique de la ville de Nîmes, venant du terme gaulois Nemausos : dieu associé à la source ).
Dans son livre consacré aux foires et marchés d'Occitanie, notre ami et historien P.A. Clément nous propose une autre interprétation, radicalement différente : il s'agirait de la "base de colonne sur laquelle sont inscrits les noms des villes des environs de Nîmes. Les trous percés en face de Ugerni et de Ucetiae font penser à une liste de manifestations commerciales." Cette réflexion est le résultat logique d'une démonstration qu'il développe dans son ouvrage sur les pratiques commerciales romaines, appuyée par la reproduction troublante d'une autre "table de marbre" de la même époque que la nôtre, gravée elle aussi de la même façon soignée d'une liste de villes italiennes en latin et percée de trous. Elle se trouve au Musée National de Naples. L'air de rien, notre passionnant petit "pavé" de pierre n'a pas fini d'intriguer nombre de chercheurs, ajoutant un mystère de plus à notre antique cité !…

Ces chapeaux qui firent la réputation d'Anduze…

Même si aujourd'hui certains "travaillent du chapeau" en s'imaginant, par exemple, qu'un projet culturel construit autour des métiers de la terre ne puisse voir le jour et s'épanouir au sein d'une localité "terre potière" comme Anduze, il n'en demeure pas moins que notre industrie chapelière s'est définitivement éteinte au XXème siècle. Elle a contribué à la renommée internationale de notre ville : en la perdant, et en même temps de nombreux emplois, c'est un véritable patrimoine de savoir-faire local qui a disparu.
Nous ne savons pas exactement à quand remontent les premiers ateliers artisanaux de fabrication manuelle des chapeaux. Bien que cela ne reste qu'une hypothèse, il n'est pas interdit de penser, au regard de la présence constatée d'un fileur de soie (un trahandier) à Anduze dès la fin du XIIIème siècle, que parallèlement le métier de chapelier ou sa dénomination correspondante était présent. Cette activité évoluant ensuite au cours des siècles selon les modes, les matières utilisées et la technique. Plus prêt de nous, grâce au développement des filatures et à la mécanisation générale d'un outillage spécialisé, la production chapelière s'intensifia à partir du milieu du XIXème siècle, ce qui favorisa l'implantation d'usines au détriment des petits artisans existants depuis longtemps. Pour raisons économiques, beaucoup d'entre eux finirent par gagner ces nouvelles entreprises, mais apportèrent en même temps leur expérience professionnelle qui fit la réputation de celles-ci. La plus importante et célèbre d'entre elles qui sut s'adapter aux nouvelles technologies fut sans conteste la maison Galoffre, dont le nom a traversé les années car lié étroitement à notre histoire sociale de l'époque, mais aussi à la vie politique avec un maire d'Anduze issu de cette famille. Distinguée surtout par ses grands chapeaux de feutre dont le poète Frédéric Mistral se fit un ambassadeur inespéré, la chapellerie était d'autre part très connue pour la qualité de fabrication de son chapeau melon ! D'ailleurs, quand l'affaire fut vendue en 1924, son nouveau propriétaire garda le nom de Galoffre dans l'intitulé de la nouvelle société. Un gage de notoriété qui ne sera malheureusement pas suffisant pour lutter contre le déclin annoncé de ce secteur d'activité anduzien…








On évoquait déjà des chapeaux d'autrefois
sur les cartes postales anciennes locales :
"Le Chapeau à l'ombrage, coiffure riche et originale,
dont se paraient autrefois les coquettes 
paysannes cévenoles."

Toiture du temple : suite et fin !

Notre Monument Historique, avec cette deuxième et dernière tranche de travaux de réfection de sa toiture, va enfin retrouver la complète étanchéité de son grand volume interne, mettant définitivement à l'abri des infiltrations d'eau et donc de l'humidité l'orgue, instrument merveilleux mais fragile. Cela va aussi favoriser et pour longtemps toutes les initiatives de rénovations et d'embellissement intérieurs. L'entreprise en profitera pour nettoyer les pierres de parement du clocheton et reprendra quelques joints de maçonnerie de celui-ci, ces dommages ayant été constatés après un examen attentif lors de la première tranche.
Cette magnifique bâtisse du XIXème siècle, lieu cultuel et culturel vivant, avait trouvé son laudateur en la personne de monsieur André-Georges Fabre, disparu il y a quelques années à l'âge de 93 ans. Auteur à ce jour de la seule édition consacrée exclusivement à l'histoire du temple et à sa description (voir photo), celle-ci est parue en 1984 et se trouve toujours disponible à l'Office de tourisme. Je veux donc profiter de ce billet pour saluer le souvenir de cette personnalité Anduzienne hors du commun qui participa de façon active et durant plusieurs décennies au rayonnement culturel de notre cité. Cet agrégé de grammaire, amoureux d'Anduze et plus généralement des Cévennes, a été un des piliers du Club Cévenol dont il fut longtemps rédacteur en chef de la revue (Causses & Cévennes). Homme discret par nature, son action n’en fut pas moins efficace grâce à son goût prononcé pour la recherche dans tous les domaines intéressant l’histoire de notre territoire. Ses différentes études furent concrétisées par quelques ouvrages dont "Au cœur de la Cévenne avec ses écrivains", paru en 1979 et couronné par l'Académie française. D'autres suivront, comme  "Le pasteur Rollin : une vie, une œuvre" ou, dans un genre différent, la monographie du mas de Driolle et son célèbre cyprès.
J'ai eu l'occasion de croiser quelques fois cet homme affable et érudit à l'Office de tourisme auquel il était particulièrement attaché pour avoir contribué, en son temps, à son développement. ll aima souvent, même dégagé de toutes responsabilités et tant que cela lui fut possible, venir passer un moment avec les permanents et les membres de l'association d'alors. Aujourd'hui, nul doute qu'il aurait pris plaisir à échanger avec le nouveau directeur, apportant ainsi à ce jeune professionnel dynamique, l'air de rien et en toute simplicité, l'expérience d'une profonde connaissance de notre pays cévenol.

Rue Gréfeuille…


Billet particulier que celui-ci avec l’image puissante de cet extraordinaire mascaron venant illustrer mon propos. Ceux qui aiment Anduze savent qu’il orne une fontaine, rue Gréfeuille. A lui seul il exprime différentes facettes culturelles de notre vieille cité.
D’abord celle d’un petit patrimoine magnifique qui résiste, malgré les outrages du temps et des hommes. Ensuite l’Histoire, avec cette expression tourmentée, au cri inachevé, traduisant toute la désespérance de nos époques les plus troublées. D’autres verront peut-être le guerrier Barbare arrogant et dominateur, derrière ce masque de fer. 
A la différence du mascaron célèbre de l’hôtel Montvaillant, place Couverte, celui de la rue Gréfeuille ne raconte pas une légende quant au motif de sa réalisation, mais garde le mystère entier de sa représentation. Depuis son installation, il a du certainement susciter maintes fois aux poètes et artistes, passant par cette ruelle de caractère, l'envie d’exercer leur imaginaire pour essayer de percer le secret de ce visage énigmatique.
A chacun son interprétation mais par contre nous serons tous unanimes sur la beauté du bâtiment d'âge séculaire auquel il s'adosse, chargé du souvenir émouvant des chevaux et des diligences venant s'y abriter. En terminant et pour ma part un seul souhait pour cette belle fontaine désactivée depuis longtemps : celui de revoir un jour son mascaron avec l'eau à la bouche…

18 avril 2011

Anduze et son boulevard unique !

Au moment où nous commençons la rénovation complète du boulevard Jean Jaurès, cette courte mais essentielle artère des "Hauts d'Anduze", dont l'ombre de ses platanes, l'été, est apprécié de tous, il est intéressant et amusant de rappeler la raison de sa création, relativement récente dans l'histoire de notre voirie communale.
Nous sommes en 1866 et il faut imaginer la place de la République actuelle sans l'ouverture du boulevard. Appelée place St Etienne à l'époque, comme le patronyme de son église, elle recevait tous les mercredis, et cela depuis fort longtemps, son important "marché aux bestiaux". Seulement voilà, victime de son succès cet espace devint, au fil des années, de plus en plus exigu et un bon nombre d'affaires se traitaient en dehors du marché et de la commune, la privant ainsi des revenus substantiels liés à l'octroi. Il fallait absolument trouver une solution pour l'agrandir et ainsi permettre aux éleveurs et autres charretiers de pouvoir stationner convenablement sur place.
Mais ici laissons parler Jules Teissier, rapporteur d'une commission municipale chargée d'étudier le parti que la ville pourrait tirer de l'espace compris entre la place St Etienne et le chemin de St Félix (aujourd'hui la route), s'exprimant lors d'une séance du Conseil : "L'exécution de ce projet donnerait à la ville un emplacement pour les charrettes, une promenade, et un notable agrandissement du marché aux bestiaux…"  Celui-ci ne fut pas réalisé immédiatement, par manque de moyens mais aussi parce que la municipalité d'alors, conduite par le maire Albin de Montvaillant, voulait l'inclure dans un futur programme plus vaste d'aménagement du secteur, avec notamment l'achat de ce que l'on appelait à l'époque "l'enclos des Cordeliers"…
Il n'en demeure pas moins que finalement la "promenade" primitive fut réalisée, particulièrement large, et devint naturellement avec le temps le joli et, précisons-le, unique boulevard d'Anduze. Merci Jules !

 

Ce "marché aux bestiaux" a perduré jusqu'au vingtième siècle en devenant le "marché aux moutons", comme le montre cette ancienne carte postale de la place de la République datée de 1928.


Quand les seigneurs d'Anduze battaient monnaie !

Nous avons abordé, en ce joli samedi 13 novembre 2010, une des pages les plus passionnantes de notre longue histoire anduzienne, entre XIIème et XIIIème siècle. Mais nous l'avons fait de façon originale, à travers un droit que seules les plus grandes Maisons féodales pouvaient se permettre au Moyen Âge : battre monnaie. Et même si le Bernardin d'Anduze ne servait qu'à un usage local (n'oublions pas quand même que leurs nombreuses possessions d'alors dépassaient largement le cadre d'Anduze et de ses environs, provoquant ainsi une large diffusion de leur monnaie propre), il n'en était pas moins le symbole fort de l'une des Maisons les plus puissantes du Languedoc à cette époque.
Cette petite pièce d'argent, d'environ 16 mm de diamètre, est pour Anduze l'un des derniers témoignages physiques de ce qui fut sans doute la période la plus faste des seigneurs d'Anduze. Ceci grâce à leur très ancienne loyauté aux comtes de Toulouse, leurs suzerains. Cette fidélité qui causa aussi leur déclin, mais ceci est une autre histoire…
Pour nous parler de la monnaie féodale du Languedoc et bien sûr du Bernardin, nous avons eu l'honneur et le grand plaisir d'accueillir, en collaboration avec l'Association Numismatique Cévenol, monsieur Laurent Schmitt. Ce grand numismate professionnel, depuis près de trente ans, est responsable du département des monnaies antiques du Comptoir Général de Bourse à Paris et anime une équipe de vingt personnes. Auteur de nombreux ouvrages de numismatique, on ne compte plus ses articles et autres catalogues sur le sujet.
Pendant plus d'une heure trente ce passionné nous a décrit et expliqué, avec un intérêt communicatif, notre Bernardin dans ses moindres détails et dans tous ses types (deniers, oboles), sans oublier son cousin, plus rare, le Raymondin de Roquefeuille, famille entrée dans celle d'Anduze par alliance en 1145. Pour une meilleure compréhension, il a toujours mis en parallèle le contexte historique du Languedoc, avec les différents ateliers monétaires qui dépendaient des pouvoirs en place. Tout en étant rigoureux dans son discours, notre invité a su trouver les images et les mots pour rendre cette conférence accessible à tous, dans un esprit sérieux mais convivial qui a ravi le public.