C'est le passé et le présent qui se mélangent pour former la passionnante histoire culturelle de notre antique cité, tournée irrémédiablement vers l'avenir…
Ces "billets", pour amoureux d'Anduze, n'en sont que quelques modestes reflets.

10 décembre 2017

Cambriolage à l’enclos du couvent des religieuses du Verbe Incarné…

Le deux août 1806 c’est le nommé Pierre Bastide, fabricant de bas, qui vient déposer plainte auprès du juge de paix Coulomb aîné pour un cambriolage à « l’enclos du ci devant Couvent des Religieuses »…
Il ne fait aucun doute ici qu’il s’agit de l’évocation du couvent du Verbe Incarné, ordre monastique féminin de droit pontifical venu s’installer à Anduze à la toute fin du dix septième siècle. Une implantation encouragée à l’époque par l’intendant du Languedoc Bâville : de nombreuses jeunes filles protestantes ou soupçonnées de l’être y furent enfermées de force, aux frais obligatoires de leurs parents, pour les convertir à travers l’éducation prodiguée par les sœurs.

A la Révolution, avec l’interdiction de tous les ordres religieux, les différents biens du couvent, devenus nationaux, furent vendus par lot aux citoyens capables d’acheter. Nous savons que l’immobilier était assez important et situé dans les quartiers de la rue Grefeuille et de la rue du Couvent, petite ruelle étroite qui débouche à l’entrée du passage couvert, lui-même donnant accès à l’une des vieilles portes de la cité. L’enclos du grand jardin appartenant à l’institution religieuse devait se trouver au niveau de la maternelle actuelle et de la rue Enclos-Blaise, construites ultérieurement.

Voici la déclaration, telle que :
« (…) Est comparu sieur Pierre Bastide fabriqt de bas habitant de cette ville d’Anduze. Lequel nous a requis de rédiger la plainte qu’il vient nous rendre des faits ci-après détaillés a quoi nous avons procédé d’après les déclarations du dit Bastide qui a dit, que dans le courant de la nuit dernière, des malintentionnés ont enfoncé la porte d’entrée de son jardin situé a l’enclos du ci devant Couvent des Religieuses. Sont entrés dans le dit jardin, ont encore enfoncé une autre porte d’un petit mas, ou il tient les agrès de sa filature, lui ont commis des dégâts considérables tant dans le dit jardin que dans le petit mas, et comme il ne connait point les auteurs de ce délit, il vient nous en porter la plainte, afin que s’il peut en tems et lieu les découvrir, les poursuivre conformément à la loi, nous invitant à nous transporter sur les lieux pour en constater les dégâts, et du tout nous demander acte et à signé. »
« (…) Du dit jour heure de dix du matin, nous juge de paix susdit en vertu de notre ordonnance ci dessus, nous sommes transporté accompagné du sieur Pierre Bastide et de notre greffier sur le jardin du dit Bastide, ou étant arrivé nous avons reconnu qu’on avait forcé avec des outils, la porte d’entrée du dit jardin et presque arraché la serrure, plus on a crevé quatre bassins en cuivre, et ont brisé un en parti, les dits bassins servant pour la filature, plus une flotte chique
(soie de petit cocon mou enroulée sur un écheveau) qui était sur le tour, qu’on a coupée, plus, on a enfoncé la porte et arraché la serrure d’un petit mas, et enfin ils ont emporté deux sachettes en toille et un juste de cadis (un morceau de tissu en laine), appartenant à une des fileuses, tous lesquels desgats et vol, estimons se porter en tout a la somme de trente trois francs cinquante centimes, et n’y ayant plus rien estimé, nous avons clôturé notre verbal, et nous sommes signé avec le sieur Bastide et notre greffier. »

24 novembre 2017

Anduze et l’agression de son maréchal… d’Empire !

Lithographie d'après Géricault "Le maréchal-ferrant"
Dans la suite de notre petite collection d’anciennes plaintes retrouvées avec plaisir sous les toits de la mairie, en voici une déposée en mai 1806 où nous faisons la connaissance de Louis Maurin qui exerça la profession de maréchal-ferrant ou de « maréchal à forge » à Anduze. Un métier stratégique qui fut étroitement associé à deux autres activités complémentaires et incontournables citées dans ce témoignage : celles de bourrelier et de charron. Un secteur logistique lié aux équidés d’une importance capitale car indispensable économiquement à tous les différents corps de métiers de l’époque.
 
Il est à noter que dans ce texte les anciennes casernes sont évoquées de façon fugace avec « la grande porte qui conduit à la cour » : la construction du grand temple sur les lieux ne sera d’actualité que deux ans plus tard avec l’achat par la commune de l’ensemble des vieux bâtiments !…
 
Voici la déclaration, telle que : «(…) Est comparu sieur Louis Maurin maréchal à forge habitant de cette ville d’Anduze lequel nous a requis de rédiger la plainte qu’il vient nous rendre des faits cy après détaillés à quoi nous avons procédé d’après la déclaration du dit maurin qui a dit que le jour d’hier, environ les huit heures du soir, il allait faire ses besoins aux commodités du quartier des casernes, lorsqu’il fut entré dans la grande porte qui conduit à la cour, il rencontra le sieur Marc Ducros bourelier habitant de cette ville qui, du moment qui l’apperçut, lui cria te voilà coquin, voleur, quand est ce que tu me rendras mon fer. Le plaignant lui répondit quand tu m’auras payé ce que tu me dois alors je te payerai ton fer ; le plaignant poursuivait son chemin, et Marc Ducros lui jeta une grosse pierre qui le toucha au côté gauche et lui fit beaucoup de mal. Il ne se contenta de la première, il lui en jeta une seconde qui ne fit que l’effleurer à la cuisse et fut dans la cuisine de la maison de la nommée Mauret ; sous lesquels faits le plaignant affirme vrais et sincères et désigne pour témoins d’iceux le nommé Mauret et son épouse, et Vauc ainé charron et du tout requiert acte, se déclare partie civile et a signé (…) »

10 novembre 2017

Marie Charlotte, malade, a quitté sa tour et Anduze…

C’est pour raison de santé que le vendredi matin trois novembre dernier, Marie Charlotte, locataire du clocher de l’église, fut emmenée avec tous les égards dus à son grand âge.

Il aura fallu un récent changement d’entreprise de maintenance décidé par la municipalité, responsable du bon fonctionnement des différentes cloches de la ville, pour s’apercevoir que celle de l’église n’avait plus toute sa tête depuis longtemps !… Dès la première visite du nouveau technicien à son chevet, celui-ci nous exprima son inquiétude sur l’état de dégradation avancée de notre vieille dame.

Sur son conseil un audit fut diligenté par la mairie. Il vint confirmer les premières constatations alarmantes, avec entre autres la présence de traces d’humidité sous la jupe et la suspicion d’un cerveau atteint dans son intégrité. Si nous ne pouvons reprocher à Marie Charlotte ce laisser aller avec ces signes normaux de vieillesse, résultats d’une longue vie active depuis cent soixante dix ans cette année, il est très regrettable que son cas ne fut pas signalé plus tôt pour pouvoir bénéficier des soins nécessaires.

Aujourd’hui, avec sa constitution d’airain et la présence de spécialistes à ses côtés, notre malade a toutes les chances de guérir malgré le retard des traitements et les importantes opérations qui l’attendent. En restant optimiste sur la suite des événements, il va falloir de toutes façons être patient avant de la retrouver accrochée à son vieux clocher protecteur qui, lui-même, a besoin de quelques travaux urgents de rénovation intérieure ! … Une vieille tour pleine de mystères quant à son origine et sa destination première, mais ceci est encore une autre histoire !…

27 octobre 2017

« Cirque en marche » pour la première fois à Anduze !…

Diversité (vaste programme !) étant le mot clé depuis des années de la politique culturelle de la municipalité, il manquait encore à notre actif, parmi d’autres à venir, l’invitation de la structure institutionnelle représentative des arts du cirque sur notre territoire communautaire, la Verrerie d’Alès. Ce centre de production, à la solide réputation, a pour mission l’accompagnement et le soutien d’artistes et de compagnies d’intérêt national évoluant dans l’univers du cirque innovant et contemporain sur le territoire régional.

A l’instar du Cratère Théâtre, avec lequel par ailleurs ce Pôle National Cirque entretient d’excellentes relations, la Verrerie cherche à développer une décentralisation locale. Bénéficiant déjà d’un bon partenariat avec la scène nationale d’Alès depuis quelques années, il était donc naturel et complémentaire dans le domaine des arts vivants qu’Anduze la rejoigne aussi pour une collaboration que nous espérons bénéfique pour tous. Notre première participation se tiendra début novembre avec leur douzième manifestation saisonnière « Cirque en marche », organisée pendant une dizaine de jours sur Alès et quelques villes environnantes.

A cette occasion nous recevrons avec grand plaisir et deux jours consécutifs, sous un chapiteau installé derrière l’ancienne maison de convalescence Les Jardins, la compagnie Quotidienne avec une de leurs dernières créations : « Vol d’usage ». Nous allons avoir la chance de faire la connaissance de Jean Charmillot et Jérôme Galan, sortis tout droit du Centre National des Arts du Cirque, qui se sont associés pour ce spectacle de cinquante minutes, tout public, mêlant vélo acrobatique et sangles aériennes.

Il ne nous reste plus qu’à espérer qu’aucun épisode cévenol sérieux ne viendra mettre en colère le gardon dont nous connaissons tous les possibles mouvements d’humeur à cette période de l’année !…

13 octobre 2017

Anduze et sa « place dite des fainéans »…

Avec ce document original, de la période napoléonienne rayonnante, nous abordons ce qui semble être du racisme économique. Déposée par l’un des représentants de l’une des plus anciennes familles d’Anduze, les Régis,  notamment « faiseurs de bas », cette plainte évoque un lieu de la cité qui a beaucoup changé depuis, pour ne pas dire disparu avec son nom : la place des Fainéants. Celle-ci était située dans le quartier actuel de la place Albert Cabrières (maire d’Anduze de 1947 à 1959), sans en connaître exactement les contours du fait de la transformation radicale de l’endroit.
 
A l’époque l’espace, devenu progressivement le lieu de rendez-vous des chômeurs, avait fini par être baptisé ainsi au regard du désœuvrement affiché des nombreuses personnes attendant l’hypothétique proposition d’un emploi ; ce qui explique peut-être en grande partie l’état d’esprit particulier de certains intervenants décrit dans le procès-verbal, l’origine étrangère de la victime étant clairement soulignée dans ce témoignage officiel…
Recopié tel que, en voici le texte :

« Cejourd’hui douzième janvier mille huit cent huit a dix heures du matin devant nous Jean Coulomb aîné juge de paix officier de police judiciaire de la ville et canton d’anduse et dans notre cabinet assisté de Jacques Gache notre greffier.
« Est comparu sieur Jacques Régis négociant habitant de cette ville d’anduse lequel nous a requis de rédiger la plainte qu’il vient nous rendre des faits cy après détaillés à quoi nous avons procédé d’après les déclarations du dit Régis qui a dit que le dimanche dix du courant sur les six heures du soir le nommé andré yeuzet polonais de naissance son valet duquel il prend le fait et cause fut arrêté sur la place dite des fainéans par les frères Bony agriculteurs, et autres l’insultèrent et le menassèrent de la manière la plus forte, et comme la femme et la fille de Bastide Carnoulès entendirent les menasses et virent le danger que courrait le dit André, elles le firent retirer chez le dit sieur Régis son maître, ce qu’il fit mais en s’en allant les dits Bony frères lui dirent tu fais bien de t’en aller car tu seras fort heureux de te coucher sans être bâtonné ; lorsqu’il fut l’heure de se retirer le dit André prit son chemin pour aller se coucher à la fabrique du dit Régis qui est de l’autre côté du pont ; à peine fut il rentré que le nommé Beaux fils, es ouvrier du dit Régis vint frapper la porte en demandant du feu pour allumer sa pipe, accompagné de plusieurs autres qu’il ne connut pas, et ayant ouvert le dit Beaux lui demanda s’il était seul, à quoi le dit André lui répondit que non, que les frères Louis et Auguste Régis étaient couchés, quoique cela fut faux, mais ayant connu leurs mauvaises intentions à son égard, il se servit de cet stratagême pour leur en imposer ;  effectivement le dit Beaux sur le champ se retira et fut trouver les autres individus qui étaient arrêtés à peu de distance de la maison.
« En conséquence il est venu porter sa plainte pour la conservation de ses droits, et s’il peut parvenir à découvrir des témoins poursuivre les individus cy dessus dénommés, tous lesquels faits le dit Régis affirme vrais et sincères mais ne peut désigner de témoins quand à présent, et du tout requiert acte et a signé. »

29 septembre 2017

Nouvelles de Paris : ballade en métro avec Louise…

Ayant habité un certain temps au cœur de Paris, je n’ai jamais caché mon attachement pour la capitale, au moins aussi fort que pour notre Porte des Cévennes. Aucune nostalgie dans mon propos mais un petit préambule pour expliquer mon intérêt pour l’une des dernières créations littéraires parues de notre comédienne et écrivaine anduzienne Louise Caron, décidément très dynamique en écriture ces derniers temps. Il s’agit de « Des vies entre les lignes », un petit livre au format de poche bien pratique, d’environ cent vingt pages et réunissant une douzaine de nouvelles.
 
Douze histoires courtes que l’on déguste comme une friandise le jour de la fête de la Musique, mais cette date n’est pas une obligation !… Elles ont toutes un dénominateur commun : le moyen de transport le plus emblématique de la ville lumière, son métro. Nous faisons les connaissances, entre autres, de Robert, Kenny, Lucas et autre Olga. Le profil le plus étonnant pour moi reste celui d’Etienne, un violoniste aveugle jouant à la station République. J’ai trouvé l’idée et l’écriture de ce texte excellentes, avec un grand potentiel de développement de la trame de l’histoire et des personnages (Maurice). Cette nouvelle m’a laissé sur ma faim : que j’aimerais qu’elle soit transformée en roman !…
 
Douze histoires différentes mais toujours prétextes à l’auteure de nous décrire avec la précision d’une experte un environnement atypique où se croisent plusieurs millions d’individus par jour. Un territoire à part où se concentrent toutes les nationalités, toutes les religions, des riches et des pauvres, des bons et des méchants, des propres et des sales… Le mélange et la promiscuité de cette diversité dégageant « l’odeur du métro » ; une empreinte olfactive qui traverse couloirs et stations, surtout aux heures de pointe. Bref, un « parfum d’Humanité » dont je suis resté longtemps addictif, même si je reconnais que certains jours il valait mieux ne pas savoir sa provenance ni sa composition !
 
Merci infiniment, Louise, de m’avoir permis de replonger un moment dans cette atmosphère particulière du Paname souterrain et de raviver ainsi beaucoup de souvenirs personnels. Tout cela avec délectation, grâce à votre talent…
 

« Des vies entre les lignes » de Louise Caron, chez l’auteure : louise.caron@ymail.com

15 septembre 2017

Interpellation rue Bouquerie, Anduze…

En ce mois de septembre 1842 c’est un nommé Antoine Broussou qui dirige la police d’Anduze et son canton. Nous faisons connaissance avec lui à travers le rapport qu’il a établi à propos d’une sombre affaire de maltraitance conjugale. Si pour la première fois en 1791 une déclaration des droits de la femme et de la citoyenne a été publiée, « La femme naît libre et demeure égale à l’homme en droits », cela n’a pas porté chance à son auteure Olympe de Gouges, qui fut guillotinée deux ans plus tard !
Dans la première moitié de ce dix neuvième siècle nous sommes donc encore très loin de l’émancipation des femmes et beaucoup d’entre-elles, la peur viscérale de se retrouver seules et sans ressources à l’époque d’une misère omniprésente, étaient prêtes à accepter toutes les violences et humiliations des hommes sans broncher. D’autant plus quand leur sort était lié à celui de leurs enfants.

L’action de ce témoignage se situe rue Bouquerie (des bouchers exerçaient ici jadis), dans le centre d’Anduze. Cette longue ruelle étroite est bordée d’immeubles dont une majorité date des quinzième et dix septième siècles. Reliant la place Couverte à la rue Enclos Blaise c’est l’une des plus anciennes rues de la cité. Plutôt calme aujourd’hui, au moment des faits elle devait être grouillante de vie, à l’image d’un quartier très populaire…

« L’an mil huit cent quarante deux et le seize septembre, à huit heures du soir, nous Antoine Broussou commissaire de police de la ville et canton d’Anduze. Etant rentré dans notre domicile nous avons entendu qu’on faisait du tapage dans la rue de la Bouquerie, nous y sommes transporté, avons trouvé une grande réunion de personnes parmi lesquelles s’est trouvé le sieur Dupuis garde champêtre communal qui était occupé à contenir le nommé Sardinoux (pierre) marchand de fromage habitant et domicilié au dit Anduze, lequel s’était livré à donner des coups très forts à son épouse, sans motif légitime. Ce qui arrive assez fréquemment de la part du dit Sardinoux, d’après la déclaration qui nous a été faîte par plusieurs personnes respectables du quartier. L’ayant interpellé de nous dire les motifs qui l’ont porté à frapper sa femme si rudement, il nous a répondu qu’il l’avait frappée et qu’il la frapperait bien davantage. Voyant les mauvaises réponses que le dit Sardinoux fit à nos questions, avons de suite requis deux hommes pour aider à le conduire en prison. Mais sa femme et ses enfants s’étant présentés à nous pleurant à chaudes larmes, nous priant de relâcher leur père qui, s’il était mis en prison lorsqu’il en sortirait les tuerait tous. Sur la demande de ces derniers avons relâché le dit Sardinoux, nous réservant toutefois de dresser procès-verbal contre lui, pour avoir occasionné beaucoup de bruit et du tumulte troublant l’ordre et la tranquillité publique, et pour avoir de plus injurié le sieur Dupuis garde champêtre, agissant dans l’exercice de ses fonctions (…). »